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A.3 Quelles sortes d'anarchisme existe-t-il ?

Sommaire

Un des choses qui deviennent rapidement claires pour quiconque s'intéresse à l'anarchisme, c'est qu'il n'y a pas une seule forme d'anarchisme. Il y a plutôt différentes écoles de pensée anarchistes, différents types d'anarchismes qui sont en désaccords sur de nombreux problèmes. Ces types sont généralement différenciés par les tactiques et/ou les buts, ces derniers (la vision d'une société libre) étant la différence majeur.

Cela veut dire que les anarchistes, bien que partageant quelques idées clés, peuvent être regroupés dans des catégories, suivant les dispositions économiques qu'ils considèrent les plus appropriées à la liberté humaine. Cependant, tous les types d'anarchistes partagent la même approche de base. Pour citer Rudolf Rocker :

"De même que les fondateurs du Socialisme, les Anarchistes exigent l'abolition de tout monopole économique et l'appropriation commune du sol et de tous les moyens de production, donc l'utilisation doit être possible par tous, sans distinction ; car la liberté personnelle et sociale n'est concevable que sur une base d'avantages économiques égaux pour tous. Au sein du mouvement Socialiste lui-même, les Anarchistes représentent le point de vue selon lequel la guerre contre le capitalisme doit prendre place en même temps que la guerre contre toutes les institutions politiquement puissantes, puisque l'histoire économique de l'exploitation a toujours été liée aux oppressions politiques et sociales. L'exploitation de l'homme par l'homme et la domination d'un homme sur un autre sont inséparables, et l'une est condition de l'autre." [Anarcho-Syndicalism, pp. 62-63]

C'est au sein de ce contexte générale que les anarchistes sont en désaccord. Les différences principales se trouvent entre les anarchistes "individualistes" et "socialistes", même si les dispositions économiques souhaitées par chacun ne sont pas mutuellement exclusives. Des deux, les anarchistes socialistes (anarcho-communistes, anarcho-syndicalistes, etc.) ont toujours constitué la grande majorité, les anarchistes individualistes étant cantonnés essentiellement aux États-Unis. Dans cette section, nous indiquons les différences entre ces deux courants principaux au sein du mouvement anarchiste. Comme il le deviendra bientôt clair, bien que les anarchistes socialistes et individualistes s'opposent tous deux à l'état et au capitalisme, ils sont en désaccord sur la nature d'une société libre (et sur comment y parvenir). Pour résumer, les anarchistes socialistes préfèrent les solutions communes aux problèmes sociaux et une vision commune d'une bonne société (i.e. une société qui protège et encourage la liberté individuelle). Les anarchistes individualistes, comme leur nom le suggère, préfèrent les solutions individuelles et ont une vision plus individualiste d'une bonne société. Cependant, nous ne devons pas laisser ces différences masquer ce que les deux écoles ont en commun, à savoir un désir de maximiser la liberté individuelle et la fin de la domination et de l'exploitation de l'état et du capitalisme.

En plus de ce désaccord majeur, les anarchistes ont également des points de vue divergents sur des problèmes sur des questions tels que le syndicalisme, le pacifisme, le mode de vie, les droits des animaux, et tout un tas d'autres idées, mais ces questions, bien qu'importantes, sont simplement différents aspects de l'anarchisme. Au delà de quelques idées clés, le mouvement anarchiste (comme la vie elle-même) est dans un état constant de changement, de discussion, et de réflexion -- comme on peut l'attendre d'un mouvement qui attache tant de valeur à la liberté.

La remarque la plus évidente à propos des différents types d'anarchismes est qu'"[aucun] ne tire son nom d'un Grand Penseur ; à la place, ils sont invariablement nommés à partir d'une certaine pratique, ou, plus souvent, de principes organisationnels ... Les Anarchistes aiment à se distinguer par ce qu'ils font, et comment ils s'organisent pour atteindre leur but." [David Graeber, Fragments of An Anarchist Anthropology, p.5] Cela ne signifie pas que l'anarchisme ne possède pas d'individus qui ont contribué de façon significative à la théorie anarchiste. Et de loin, comme on peut le voir dans la section A.4. Les anarchistes reconnaissent simplement qu'appeler votre théorie d'après le nom d'un individu est une forme d’idolâtrie. Les anarchistes savent que même le plus grand penseur n'est qu'un être humain, et que par conséquence, il peut faire des erreurs, ne pas suivre ses idéaux, ou n'avoir qu'une compréhension partielle de certains problèmes (voir la section H.2 pour une discussion plus poussée à ce propos). De plus, nous pouvons voir que le monde change, et il est évident que ce qui était une pratique ou un programme valable, disons dans la France en plein essor industriel des années 1840, peut avoir quelques limitations dans la France du 21ème siècle !


Par conséquence, il faut s'attendre à ce qu'une théorie sociale comme l'anarchisme ait de nombreuses écoles de pensée et de pratiques associées. L'anarchisme, comme nous le notions dans la section A.5, a ses racines ancrées dans les luttes des gens des classes laborieuses contre l'oppression. Les idées anarchistes se sont développées dans de nombreuses situations sociales différentes, et par conséquent, sont le reflet de ces circonstances. C'est d'autant plus évident pour l'anarchisme individualisme qui s'est développé initialement dans l'Amérique pré-industrielle et possède donc des perspectives différentes sur de nombreux problèmes par rapport à l'anarchisme socialiste. En même temps que l'Amérique changeait, passant d'une société pré-capitaliste essentiellement rurale à une société capitaliste industrialisée, l'anarchisme Américain a changé :

"À l'origine, le mouvement Américain, dont l'éclosion date de 1829 avec Josiah Warren, était purement individualiste ; l'étudiant d'économie comprendre facilement les causes matérielles et historiques d'un tel développement. Mais pendant les vingt dernières années les idées communistes ont largement progressé, dû premièrement à la concentration dans la production capitaliste qui a mené les ouvriers [et ouvrières] Américains à saisir l'idée de solidarité, et, deuxièmement, à l'expulsion d'activistes communistes d'Europe." [Voltairine de Cleyre, The Voltairine de Cleyre Reader, p. 110]

Ainsi, les nombreux types d'anarchisme ne sont pas l'expression d'une quelconque "incohérence" au sein de l'anarchisme, ils dénotent simplement d'un mouvement qui a ses racines ancrées dans la vie réelle plutôt que dans les livres de penseurs morts depuis longtemps. Cela montre également un saine reconnaissance du fait que les individus sont tous différents et que le rêve d'une personne puisse être le cauchemar d'une autre, et que différentes tactiques et organisations peuvent être requises suivant les périodes sociales et les luttes. Donc, bien que les anarchistes aient des préférences sur ce qu'ils pensent qu'une société libre sera de façon générale, et comment elle sera créée, ils sont conscients que d'autres formes de tactiques anarchistes et libertaires pourraient être plus appropriées à d'autres personnes et circonstances sociales. Cependant, ce n'est pas parce que quelqu'un se revendique lui-même, ou ses idées, d'anarchiste qu'ils le sont. Tout type d'anarchisme authentique doit partager les perspectives fondamentales du mouvement, c'est-à-dire être anti-état et anti-capitaliste.

De plus, les affirmations de l'"incohérence" anarchiste par ses détracteurs sont souvent exagérées. Après tout, être disciple de Marx et/ou de Lénine n'a pas empêché les Marxistes de se séparer en nombreux partis, groupes et sectes. Cela n'a pas non plus empêché les conflit sectaire entre eux, pour savoir quelle interprétation des écritures saintes sont les "bonnes" ou qui a utilisé les "bonnes" citations pour soutenir les essais d'ajuster leurs idées et pratiques à un monde significativement différent de l'Europe des années 1850 ou de la Russie des années 1900. Au moins, les anarchistes sont honnêtes à propos de leurs différences !

Enfin, pour mettre les cartes sur la table, les auteurs de cette FAQ se place fermement dans le bord "socialiste" de l'anarchisme. Cela ne veut pas dire que nous ignorons les nombreuses idées importantes associées à l'anarchisme individualiste, seulement que nous pensons que l'anarchisme socialiste est plus approprié à une société moderne, et qu'il crée une base plus forte pour les libertés individuelles, et qu'il reflète plus précisément le type de société dans laquelle nous aimerions vivre.

A.3.1 Quelles sont les différences entre les individualistes et les socialistes anarchistes ?

Bien que chacun des deux camps affirme que les propositions de l'autre camp conduirait d'une certaine façon à la création d'un état, les différences entrer les individualistes et les socialistes anarchiste ne sont pas énormes. Les deux sont anti-état, anti-autorité et anti-capitaliste. Les différences majeures sont de deux sortes.

La première concerne les moyens d'action de maintenant (et donc de la manière dont l'anarchie s'imposera). Les individualistes préfèrent généralement l'éducation et les institutions alternatives, telles que les banques mutuelles, les syndicats, les communes, etc. Ils soutiennent les grèves et les autres formes non violentes de protestation social (comme la grève du loyer, le non paiement des taxes, etc.). De telles activités, disent-ils, assurent que la société actuelle va graduellement s'émanciper des gouvernements et devenir anarchiste. Ils sont essentiellement évolutionnistes, et non révolutionnaires, et désapprouvent l'utilisation par les socialistes anarchistes de l'action directe pour créer des situations révolutionnaires. Ils considèrent la révolution comme étant en contradiction avec les principes anarchistes, puisqu'elle implique l'expropriation de la propriété capitaliste, et, de ce fait, l'utilisation de moyens autoritaires. Ils cherchent plutôt à redonner à la société ses richesses grâce à un système économique nouveau et alternatif (basé autour de banques mutuelles et de coopératives). De cette façon, la "liquidation sociale" est rendue inutile, puisque l'anarchisme vient par les réformes et non par l'expropriation.

La plupart des socialistes anarchistes reconnaissent le besoin d'éducation, et de créer des alternatives (comme les syndicats libertaires), mais peu s'accordent à dire que cela est suffisant en soi. Ils ne pensent pas que le capitalisme peut être réformé petit à petit en anarchisme, même s'ils sont conscients de l'importance des réformes suite à des luttes sociales qui augmentent les tendances libertaires au sein du capitalisme. De même, ils ne pensent pas que la révolution est contraire aux principes anarchistes puisqu'il n'est pas autoritaire de détruire l'autorité (que ce soit celle de l'état, ou du capitalisme). De ce fait l'expropriation de la classe capitaliste et la destruction de l'état par la révolution sociale est un acte libertaire, non autoritaire, de par sa nature, puisqu'il est dirigé contre ceux qui gouvernent et exploitent l'immense majorité. En bref, les socialistes anarchistes sont évolutionnistes et révolutionnaires, et ils essayent de renforcer les tendances libertaires au sein du capitalisme, tout en essayant d'abolir ce système au moyen d'une révolution sociale. Cependant, comme quelques socialistes anarchistes sont uniquement évolutionnistes, cette différence n'est pas la plus importante entre socialistes anarchistes et individualistes.

La seconde différence majeure concerne la forme de l'économie anarchiste proposée. Les individualistes préfèrent un système de distribution basé sur sur le concept de marché au système des socialistes anarchistes basé sur le besoin. Tous deux conviennent que le système actuel de droits de propriété capitaliste doit être aboli et laisser place à des droits d'utilisation dans les moyens de la vie [traduction à revoir...] (i.e. l'abolition de la location, des intérêts et des profits -- l'"usure" pour utiliser le terme préféré des anarchistes individualistes pour désigner cette trinité impie). En effet, les deux écoles suivent le classique Qu'est ce que la propriété ? de Proudhon et soutiennent que la jouissance d'un bien doit remplacer sa propriété dans une société libre (voir la section B.3 pour une discussion sur les points de vue anarchiste à propos de la propriété). De ce fait la propriété "perdra un certain attribut qui la sanctifie maintenant. Sa possession absolue -- 'le droit d'en user et d' en abuser' -- sera abolie, et la jouissance, l'utilisation, seront le seul titre. On se rendra bientôt compte combien il est impossible pour une personne de 'posséder' des millions d'acres de terre, sans un titre constitutif de propriété, soutenu par un gouvernement prêt à protéger ce titre de tous les dangers." [ Lucy Parsons, Freedom, Equality & Solidarity, p. 33]

Cependant, au sein de ce cadre de droit d'utilisation, les deux écoles de l'anarchisme proposent différents systèmes. L'anarchiste socialiste soutient généralement une utilisation et une possession commune (ou sociale). Cela implique la possession sociale des moyens de production et de distribution, avec une possession personnelle des choses que vous utilisez, mais pas de ce qui a été utilisé pour les créer. Ainsi "votre montre vous appartient, mais la fabrique de montre appartient à tout le monde. L'utilisation effective", continue Berkman, "sera considéré comme le seul titre -- non pas de propriété, mais de jouissance du bien. L'association des mineurs de charbon, par exemple, sera en charge des mines de charbon, non pas en tant que propriétaires mais en tant qu'exploitants [...] La possession collective, gérée de façon coopérative dans l'intérêt de la communauté, prendra la place de la propriété personnelle menée de façon privée pour le profit."[What is Anarchism?, p. 217]

Ce système serait basé sur l'autogestion par les travailleurs de leur travail et (pour la plupart des anarchistes socialistes) sur le partage libre du produit de ce travail (i.e. un système économique sans monnaie). La cause en est que "dans l'état actuel de l'industrie, quand tout est interdépendant, quand chaque branche de la production est maillée avec tout le reste, essayer d'affirmer une origine individuelle pour les produits de l'industrie est intenable." Étant donné cela, il est impossible d'"estimer le partage de chacune des richesses qui ont contribué à la masse" et, de plus, la "jouissance commune des instruments de travail doit nécessairement apporter la jouissance commune des fruits d'un travail commun." [ Kropotkine, The Conquest of Bread, p. 45 and p. 46] Les socialistes anarchistes veulent simplement dire par cela que le produit social qui est produit par par tous sera disponible pour tous et que chaque individu qui a contribué de façon productive à la société peut prendre ce dont il a besoin (à quelle vitesse ont peut atteindre une telle idée est discutable, comme on le verra à la section I.2.2). Quelques socialistes anarchistes, comme les mutualistes, sont contre un tel système de communisme libertaire, mais, en général, la vaste majorité des socialistes anarchistes souhaite la fin de la monnaie, et, ainsi, de l'achat et la vente. Tous sont d'accord, cependant, sur le fait que l'anarchie verra "l'exploitation propriétaire et capitaliste s'arrêter partout" et "le système de salaire aboli" que ce soit par un "échange égal et juste" (comme le pense Proudhon) ou par un partage libre (comme le pense Kropotkine). [ Proudhon, The General Idea of the Revolution, p. 281]

En revanche, l'anarchiste individualiste (ainsi que le mutualiste) conteste que ce système de droit d'utilisation devrait inclure le produit du travail des travailleurs. À la place d'une propriété sociale, les anarchistes individualistes proposent un système plus basé sur le marché, dans lequel les travailleurs possèderaient leurs propres de production et échangeraient le produit de leur travail librement avec les autres travailleurs. Ils soutiennent que le capitalisme n'est pas, en fait, un vrai libre marché. Au contraire, au moyen de l'état, les capitalistes ont mis des entraves sur le marché pour créer et protéger leur pouvoir économique et social (une discipline de marché pour la classe ouvrière, en d'autres mots des aides d'état pour la classe dirigeante). Ces monopoles d'état (sur la monnaie, les terres, les droits et brevets) et la défense étatique des droits de propriété capitaliste sont la source des inégalités économiques et de l'exploitation. L'abolition des gouvernements, résulterait en l' apparition d'une réelle libre concurrence et assurerait la fin du capitalisme et de l'exploitation capitaliste (voir l'essai de Benjamin Tucker "State Socialism and Anarchism" pour un excellent résumé de ce débat).

Les anarchistes individualistes soutiennent que les moyens de production sont le produit du travail individuel et donc ils acceptent que les individus devrait pouvoir vendre les moyens de productions qu'ils utilisent, si tel est leur désir. Cependant, ils rejettent les droits de propriété capitaliste et favorisent à la place un système d'"occupation et d'utilisation". Si le moyen de production, disons une terre, n'est pas utilisé, il redevient propriété commune et est utilisable par d'autres. Ils pensent que ce système, appelé mutualisme, résultera en un contrôle par les travailleur de la production et en la fin de l'exploitation capitaliste et de l'usure. Ceci est dû au fait que, logiquement et pratiquement, un régime d'"occupation et d'utilisation" ne peut pas coexister avec le travail salarié. Si un lieu de travail a besoin d'un groupe pour le faire fonctionner, alors il doit être détenu par le groupe qui l'utilise. Si un individu affirme que cela lui appartient, et qu'il est, en fait, utilisé par d'autre que cette personne alors, de toute évidence, la règle "occupation et utilisation" est violée. De même, si un propriétaire emploie d'autres personnes pour utiliser le lieu de travail, alors le patron peut s'approprier le produit du travail de ces personnes, et ainsi violer la maxime qui dit qu'un travailleur doit recevoir pleinement le fruit de son travail. Ainsi les principes de l'anarchisme individualiste amène à des conclusions anti-capitalistes (voir section G.3).

Cette seconde différence est la plus importante. Les individualistes craignent d'être forcés à joindre une communauté, et de par ce fait de perdre sa liberté (ce qui inclue la liberté d'échanger librement avec les autres). Max Stirner défend cette position quand il dit que le "communisme, par la suppression de toute propriété personnelle, me rends plus dépendant aux autres, à savoir, à la généralité ou à la collectivité [...] [qui est] une condition qui entrave ma liberté de mouvement, un pouvoir souverain sur moi. Le communisme se révolte justement contre la pression que j'expérimente de la part de propriétaires individuels ; mais encore plus horrible est le pouvoir qu'il met dans les mains de la collectivité." [The Ego and Its Own, p. 257] Proudhon argumentait aussi contre le communisme, déclarant que la communauté devient le propriétaire dans un régime communiste et donc que le capitalisme et le communisme sont basé sur la propriété et l'autorité (voir la section "Caractéristiques du communisme et de la propriété" dans Qu'est-ce que la propriété ?). Ainsi, les anarchistes individualistes soutiennent que la propriété sociale place la liberté individuelle en grand danger puisque toute forme de communisme assujetti l'individu à la société ou à la commune. Ils craignent que, en plus de dicter la morale individuelle, la socialisation éliminerait effectivement le contrôle des travailleurs puisque la "société" dirait aux travailleurs quoi produire et leur prendrait le produit de leur travail. En effet, ils disent que le communisme (ou la propriété sociale en générale) serait similaire au capitalisme, avec l'exploitation et l'autorité du patron remplacé par celle de la "société".

Il est inutile de le dire, les socialistes anarchistes sont en désaccord. Ils disent que les commentaires de Stirner et de Proudhon sont tout à fait justes -- mais seulement en ce qui concerne le communisme autoritaire. Comme le disait Kropotkine, "avant, et en 1848, la théorie [du communisme] était présentée de façon à rendre pleinement compte de la défiance de Proudhon quant à ses effets sur la liberté. La vieille idée du Communisme était l'idée de communautés monastique avec la règle sévère que les prêtres dirigeants étaient les plus âgés ou les hommes de sciences. Les derniers vestiges de liberté et d'énergie individuelle seraient détruits, si l'humanité avait du faire face à un tel communisme". [Act for Yourselves, p. 98] Kropotkine a toujours défendu que l'anarcho-communisme était un nouveau développement et que du fait que les remarques de Proudhon et Stirner datent de 1870, elles ne peuvent être considérées comme étant dirigées contre lui puisqu'ils ne pouvaient en être familier.

Plutôt que de soumettre l'individu à la communauté, les socialistes anarchistes affirment que propriété collective fournirait le cadre nécessaire pour protéger la liberté individuelle dans tous les aspects de la vie en abolissant le pouvoir du propriétaire, quelque soit la forme qu'il prenne. En outre, plutôt que de supprimer tout "propriété" individuelle, l'anarcho-communisme reconnaît l'importance des biens et de l'espace individuels. Ainsi nous voyons Kropotkine plaidant contre les formes de communisme qui "désirent gérer les communautés selon le modèle de la famille [...] [de vivre] tous dans la même maison et [...] ainsi forcés à rencontrer continuellement les mêmes 'frères et sœurs' [...] [c'est] une erreur fondamentale que d'imposer à tous une 'grande famille' plutôt que d'essayer, au contraire, de garantir la plus grande liberté et vie familiale o chaque individu." [Small Communal Experiments and Why They Fail, pp. 8-9] Le but de l'anarcho-communisme est, pour citer une nouvelle fois Kropotkine, de placer "le produit récolté ou fabriqué à la disposition de tous, en laissant à chacun la liberté de les consommer comme il le souhaite dans sa propre demeure." [The Place of Anarchism in the Evolution of Socialist Thought, p. 7] Ceci garanti l'expression individuelle des goûts et des désirs et donc de l'individualité -- que ce soit dans la consommation ou la production, puisque les socialistes anarchistes sont de fervents supporters de l'autogestion des travailleurs.

Ainsi, pour les socialistes anarchistes, l'opposition de l'anarchisme individualiste au communisme n'est valide que pour le communisme autoritaire ou d'état, et oublie la nature fondamentale de l'anarcho-communisme. Les anarcho-communistes ne remplacent pas l'individualité par la communauté, mais utilisent plutôt la communauté pour défendre l'individualité. Plutôt que d'avoir la "société" qui contrôle l'individu, comme le craignent les anarchistes individualistes, le socialisme anarchiste est basé sur l'importance de l'individualité et de l'expression individuelle :

"L'anarcho-communisme soutient cette conquête des plus précieuses -- la liberté individuelle -- et en outre, l'étend et lui donne une base solide -- la liberté économique -- sans qui la liberté politique ne serait qu'illusoire ; il ne demande pas à l'individu qui a rejeté dieu, le tyran universel, dieux le roi, et dieu le parlement, de se donner à un dieu encore plus terrible que les précédents -- dieu la Communauté, ou d'abdiquer à son autel son indépendance, sa volonté, ses goûts, et de renouveler le vœu d'ascétisme qu'il a pris devant le dieu crucifié. Il lui dit, au contraire, 'Aucune société n'est libre tant que l'individu ne l'est pas ! [...]" [Op. Cit., pp. 14-15]

En outre, les socialistes anarchistes ont toujours reconnu le besoin d'une collectivisation volontaire. Si les individus désirent travailler par eux-mêmes, ce n'est pas perçu comme un problème (voir La conquête du pain, p.61, et Act for Yourselves, pp. 104-5, de Kropotkine, ainsi que Errico Malatesta : His Life and Ideas, p. 99 et p.103). Ceci, insistent les socialistes anarchistes, ne contredit en aucun cas leurs principes ou la nature communiste de la société qu'ils souhaitent puisque de telles exceptions sont comprises dans le système de "droits d'utilisation" sur lequel les deux sont basés (voir la section I.6.2 pour une discussion complète). De plus, pour les socialistes anarchistes une association n'existe que pour le bénéfice des individus qui la composent ; c'est le moyen dont les individus coopèrent pour répondre à leurs besoins communs. Ainsi, tous les anarchistes soulignent l'importance de la libre acceptation comme base de la société anarchiste. Aussi tous les anarchistes sont d'accords avec Bakounine :

Le collectivisme ne pourrait s'imposer seulement qu'à des esclaves, et cette sorte de collectivisme serait donc une négation de l'humanité. Dans une communauté libre, le collectivisme ne peut venir qu'à travers la pression des circonstances, et non par une contrainte venue de dessus mais par un mouvement libre et spontané venant de dessous." [ Bakounine on Anarchism, p. 200]

Si les individualistes désirent travailler pour eux-mêmes et échanger des biens avec les autres, les socialistes anarchistes n'ont pas d'objection. De là nos commentaires sur le fait que deux formes d'anarchisme ne sont pas mutuellement exclusive. Les socialistes anarchistes soutiennent le droit des individus à ne pas rejoindre une commune, tandis que les anarchistes individualistes soutiennent le droit des individus de mettre en commun leurs biens comme bon leur semble, associations communistes inclues. Cependant, si, au nom de la liberté, un individu souhaite affirmer son droit de propriété pour pouvoir exploiter le travail d'autrui, les socialistes anarchistes résisterait rapidement à cet essai de recréer l'étatisme au nom de la "liberté". Les anarchistes n'ont aucun respect pour une "liberté" souveraine ! Comme le disait Luigi Galleani :

Non moins insidieuses est la tendance de ceux qui, sous le couvert confortable de l'anarchisme individualiste, accueillerait l'idée de domination [...] Mais les hérauts de la domination pratiquent l'individualisme au nom de leur égo, en piétinant l'égo obéissant, résigné, ou inerte des autres. [The End of Anarchism?, p. 40]

En outre, pour les socialistes anarchistes, l'idée que les moyens de production puissent être vendus implique qu'une propriété privé pourrait être réintroduite dans la société anarchiste. Dans un marché libre, certains réussissent et d'autres échouent. Comme le disait Proudhon, dans une compétition la victoire va au plus fort. Quand le talent de marchandage de l'un est plus faible que celui de l'autre, alors tout "libre échange" se fait au bénéfice de la partie la plus forte. Ainsi le marché, même non capitaliste, tendra à renforcer les inégalités de richesse et de pouvoir avec le temps, plutôt que de les niveler. Avec le capitalisme, c'est plus évident puisque ceux qui n'ont que leur main d’œuvre à vendre sont dans une position plus faible que ceux qui ont du capital, mais l'anarchisme individualiste serait aussi affecté.

Aussi, les socialistes anarchistes défendent que, bien que contre sa volonté, une société anarchiste individualiste évoluerait d'échanges justes vers le capitalisme. Si, comme il semble probable, les concurrents "sans succès" sont forcés au chômage, ils auront peut-être à vendre leur force de travail à ceux "couronnés de succès" pour pouvoir survivre. Cela créerait des relations sociales autoritaires, et la domination d'une minorité sur la majorité via des "contrats libres". L'imposition de tels contrats, "ouvrirait" vraisemblablement "[...] une voie pour reconstruire au titre de la 'défense' toutes les fonctions de l'État." [[[Pierre Kropotkine]], Anarchism, p. 297]

Benjamin Tucker, l'anarchiste le plus influencé par les idées du libéralisme et du libre marché, fit aussi face aux problèmes associés avec toutes les écoles d'individualisme abstrait -- en particulier, l'acceptation de relations sociales autoritaires comme expression de la "liberté". Cela est du à la similarité de la propriété et de l'état. Tucker soutenait que l'état était marqué par deux choses, l'agression et "l'hypothèse que l'autorité sur un domaine donné et tout ce qu'il contient, s'exerçait généralement dans le double but d'une oppression plus complète de ses sujets et d'une extension de ses frontières." [Instead of a Book, p. 22] Cependant, le patron et propriétaire a aussi autorité sur un domaine donné (la propriété en question) et tout ce qu'il contient (les travailleurs et les locataires). Le premier contrôle les actions des seconds tout autant que l'état gouvernent ses citoyens ou ses sujets. En d'autres termes, la propriété individuelle produit les mêmes relations sociales que celles créées par l'état, puisqu'elles proviennent de la même source (le monopole du pouvoir sur un domaine donnée et ceux qui l'utilise).

Les socialistes anarchistes défendent que l'acceptation par les anarchistes individualistes de la propriété et de leur conception individualiste de la liberté individuelle peut mener au déni de la liberté individuelle par la création de relations sociales qui sont essentiellement de nature autoritaire/étatique. "Les individualistes", disait Malatesta, "donnent la plus grande importance à un concept abstrait de liberté et échouent à prendre en compte le fait que la liberté réelle, concrète est le résultat de la solidarité et d'une coopération vonlontaire." [The Anarchist Revolution, p. 16] Ainsi, le travail salarié, par exemple, place le travailleur dans la même relation envers son patron que la citoyenneté place le citoyen à l'état, à savoir une relation de domination et d'assujettissement. On retrouve la même chose avec les locataires et les propriétaires.

Une telle relation sociale ne peut que produire les autres aspects de l'état. Comme le montrait Albert Meltzer, cela ne peut avoir que des implications étatiques, puisque "l'école de Benjamin Tucker -- par la vertu de leur individualisme -- a accepté le besoin pour la police de casser les grèves afin de garantir la 'liberté' de l'employeur. Toute cette école de soi-disant individualistes accepte [...] la nécessité d'une force de police, et donc de gouvernement, alors que la définition première d'anarchisme est l'absence de gouvernement." [Anarchism: Arguments For and Against, p. 8] C'est en partie pour cette raison que les socialistes anarchistes soutiennent la propriété sociale comme meilleur moyen de protéger la liberté individuelle.

Si l'on accepte la propriété individuelle ce problème ne peut être "contourné" qu'en acceptant, avec Proudhon (la source de beaucoup d'idées économiques de Tucker), le besoin de coopérative pour faire tourner les lieux de travail qui ont besoin de plus d'un travailleur. Cela complète naturellement leur soutient à l'"occupation et l'utilisation" des terres, qui abolirait effectivement les propriétaires. Sans les coopératives, les travailleurs seraient exploités car "c'est déjà bien de parler de [travailleur] achetant des outils, ou de petites machines qui peuvent être déplacées ; mais quand est-il des machines gigantesques nécessaire pour l'exploitation d'une mine, ou d'un moulin ? Cela nécessite d'être plusieurs à y travailler. Si ça a appartient à quelqu'un, est-ce qu'il ne va pas faire payer un droit d'utilisation ?" Et ce parce qu'"aucun homme n'emploierait un autre homme sauf s'il pouvait obtenir plus pour son produit que ce qu'il a eu à payer pour ce produit, et si c'était le cas, la course inévitable de l'échange et du ré-échange serait tel que l'homme aura reçu moins que le montant total." [ Voltairine de Cleyre, "Why I am an Anarchist", Exquisite Rebel, p. 61 and p. 60] C'est seulement quand ceux qui utilisent une ressource la possède que la propriété individuelle ne résulte pas en une autorité ou exploitation hiérarchique (c'est-à-dire étatique/capitaliste). C'est seulement quand une industrie appartient à une coopérative, que les travailleurs peuvent assurer qu'ils se régissent eux-mêmes pendant le travail et qu'ils peuvent recevoir la pleine valeur des biens qu'ils fabriquent une fois ceux-ci vendus.

Cette solution est celle que les anarchistes individualistes semble accepter et la seule qui soit cohérente avec tous leurs principes (et avec l'anarchisme). Cela peut se voir quand l'individualiste Français E.Armand soutenait que la différence clé entre son école de pensé anarchiste et l'anarcho-communisme est que tout en percevant que "la propriété du consommateur de biens représentait une extension de la personnalité [des travailleurs]" il "voit [aussi] la propriété du moyen de production et la libre disponibilité de son produit comme la garantie essentielle de l'autonomie de l'individu. Il est entendu qu'une telle propriété se résume à la possibilité de déployer (en tant qu'individu, couple, groupe familial, etc.) la parcelle de terre ou les machines de productions requises pour répondre aux besoins de la cellule sociale, à la condition que le propriétaire ne les transfert pas à quelqu'un d'autre ou utilise les services de quelqu' un d'autre pour son exploitation." Ainsi l'anarchiste individualiste pourrait "se défendre face [...] à l'exploitation de quiconque par un des ses voisins qui le mettra au travail pour son compte et pour son bénéfice" et "son avidité, c'est-à-dire l'opportunité pour un individu, un couple, ou un groupe familial de posséder plus que ce qu'il est strictement nécessaire pour leur entretien normal." ["Mini-Manual of the Anarchist Individualist", pp. 145-9, Anarchism, Robert Graham (ed.), p. 147 and pp. 147-8]

Les idées des anarchistes individualistes Américains conduisent logiquement aux mêmes conclusions. "L'occupation et l'utilisation" exclu automatiquement le travail salarié et ainsi l'exploitation et l'oppression. Comme Wm. Gary Kline le soulignait justement, les anarchistes individualistes US "attendait une société de travailleurs largement auto-employés sans aucune disparité significative de richesses entre chacun d'entre eux." [The Individualist Anarchists, p. 104] C'est cette vision d'une société auto-employée qui découle de façon logique de leurs principes qui assure que leurs idées sont véritablement anarchistes. Ainsi, leur conviction que leur système permettrait l'élimination du profit, du loyer et des intérêts les place assurément dans le camp anti-capitaliste aux côtés des socialistes anarchistes.

Pas besoin de le dire, les socialistes anarchistes ne sont pas d'accord avec l'anarchisme individualiste, soutenant qu'il possède des traits non désirables d'un marché même non-capitaliste, qui conduirait à amoindrir la liberté et l'égalité. En outre, le développement de l'industrie a eu pour résultat de mettre des barrières naturelles à l'entrée sur le marché, et cela rend non seulement quasiment impossible de supprimer le capitalisme en entrant en concurrence avec lui, mais rend aussi fort probable la création de l'usure sous de nouvelle forme. Combiné avec la difficulté à déterminer la contribution exacte d'un travailleur à un produit dans une économie moderne, vous verrez pourquoi les socialistes anarchistes plaident que la seule solution réelle au capitalisme est d'assurer une propriété et une gestion de l'économie communautaire. C'est la reconnaissance des développements au sein de l'économie capitaliste qui fait que les socialistes anarchistes rejettent l'anarchisme individualiste en faveur d' une production mise en commun, et donc décentralisé, en s'associant librement dans des coopératives de travail à une échelle plus importante que seulement celle du lieu de travail.

Pour plus de discussion sur les idées des anarchistes individualistes, et pour les socialistes anarchistes les rejettent, se référer à la section G -- "L'anarchisme individualiste est-il capitaliste ?"

A.3.2 Y-a-t-il des différents types d'anarchisme socialiste ?

Oui. Il existe quatre tendances majeures au sein de l'anarchisme socialiste : le mutualisme, le collectivisme, le communisme et le syndicalisme. Les différences ne sont pas énormes et sont simplement d'ordre stratégique. La seule différence majeure qui existe est entre le mutualisme et les autres types d'anarchisme socialiste. Le mutualisme est construit autour d'une forme de socialisme de marché - les coopératives de travailleurs échangent le produit de leur travail via un système de banque communautaire. Ce réseau de banques mutuelles serait "formé par l'ensemble de la communauté, non pour l'avantage spécial d'un individu ou d'une classe, mais pour le bénéfice de tous [...] [sans] intérêt [...] pris sur les prêts, sauf ce qui est suffisant pour couvrir les risques et les dépenses." Un tel système mettrait fin à l'exploitation et à l'oppression capitaliste "[puisqu']en introduisant le mutualisme au sein de l'échange et du crédit, on l'introduit partout, et le travail prendra un nouvel aspect et deviendra vraiment démocratique."[ Charles A. Dana, Proudhon and his "Bank of the People", pp. 44-45 and p. 45]

La version anarchiste socialiste du mutualisme diverge de la forme individualiste par le fait que les banques mutuelles appartiennent à la communauté (ou commune) locale au lieu d'être des coopératives indépendantes. Cela assurerait qu'elles fournissent les fonds d'investissement aux coopératives plutôt qu'aux entreprises capitalistes. Une autre différence est que quelques anarchistes socialistes mutualistes soutiennent la création de ce que Proudhon] appelle une "fédération agro-industrielle" pour compléter la fédération des communautés libertaires (appelées communes par Proudhon). C'est une "confédération [...] qui a pour but de fournir une sécurité réciproque dans le commerce et l'industrie" et des développements à grande échelle tels que des routes, des voies de chemin de fer, etc. Le but "d'arrangements fédéraux spécifiques est de protéger les citoyens des états [sic !] fédéraux du féodalisme capitaliste et financier, à la fois de l'intérieur et de l'extérieur." C'est parce que "le droit politique a besoin d'être étayé par le droit économique." Ainsi la fédération agro-industrielle serait requise pour assurer la nature anarchiste de la société face aux effets déstabilisants des échanges de marché (qui peuvent générer un accroissement des inégalités de richesse et de pouvoir). Un tel système serait un exemple pratique de solidarité, puisque "les industries sont sœurs ; elles font partie du même corps ; l'une ne peut souffrir sans que les autres partagent ses souffrances. Elles doivent de ce fait se fédérer, non pas pour être absorbées et fusionnées, mais afin de garantir la mutualité des conditions d'une prospérité commune [...] Passer un tel accord ne leur enlèvera pas leur liberté ; cela donnera simplement à leur liberté plus de sécurité et de force."[The Principle of Federation, p. 70, p. 67 and p. 72]

Les autres formes d'anarchisme socialiste ne partagent pas le soutien aux marchés, même ceux non-capitalistes. Au lieu de ça, ils pensent que mettre en commun la production et partager librement l'information et les produits entre coopératives permet de mieux assurer la liberté. En d'autres termes, les autres formes d'anarchisme socialiste sont basée sur la propriété commune (et sociale) par des fédérations d'associations de producteurs et de communes plutôt que sur le système mutualiste de coopératives individuelles. Selon les propres termes de Bakounine, "la future organisation sociale doit être construite uniquement de bas en haut, par la libre association ou fédération de travailleurs, d'abord dans leurs syndicats, ensuite dans leurs communes, régions, nations, et finalement dans une grande fédération, internationale et universelle" et "la terre, les instruments de travail et tout autre capital peut devenir la propriété collective de toute la société et être utilisé uniquement par les travailleurs, en d'autres mots par les associations agricoles et industrielles." [Michael Bakunin: Selected Writings, p. 206 and p. 174] C'est uniquement en étendant le principe de la coopération au-delà des lieux de travail individuels que la liberté individuelle peut être maximisée et protégée (voir la section I.1.3 pour savoir pourquoi la plupart des anarchistes sont opposés aux marchés). En cela, ils partagent quelques fondations avec Proudhon, comme on peut le voir. Les confédérations industrielles "garantiraient l'utilisation mutuelle des outils de production qui sont la propriété de chacun de ces groupes et qui deviendra, par un contrat réciproque, la propriété collective de la fédération toute entière. De cette façon, la fédération de groupes sera capable de [...] réguler le taux de production pour répondre aux besoins fluctuants de la société." [James Guillaume, Bakunin on Anarchism, p. 376]

Ces anarchistes partagent avec les mutualistes le soutien de l'autogestion par les travailleurs de la production au sein des coopératives mais voient les confédérations de ces associations comme étant le point central pour exprimer une aide mutuelle, et non un marché. L'autonomie du lieu de travail et l'autogestion serait la base de toute fédération, puisque "les travailleurs des différentes usines n'ont pas la moindre intention de remettre leur contrôle si durement gagné de l'outil de production à un pouvoir supérieur se faisant lui-même appeler 'corporation'." [Guillaume, Op. Cit., p. 364] En plus de cette fédération à travers toute l'industrie, il existerait aussi des confédérations inter-industries et communautés afin de s'occuper de tâches qui ne font pas partie de la capacité ou de la juridiction exclusive d'aucune de ces fédérations industrielles ou qui sont de nature sociale. Encore une fois, il y a des similarités avec les idées mutualistes de Proudhon

Les socialistes anarchistes partagent un engagement fort à la possession commune des moyens de production (en excluant ceux utilisés uniquement par des individus) et rejettent l'idée individualiste qu'ils peuvent être "vendus" à ceux qui les utilisent. La raison, comme noté précédemment, c'est que si cela pouvait être fait, le capitalisme et l'étatisme pourraient reprendre pied dans la société libre. En outre, d'autres socialistes anarchistes ne sont pas d'accord avec l'idée mutualiste suivant laquelle le capitalisme peut être réformé en socialisme libertaire par l'introduction des banques mutuelles. Pour eux le capitalisme ne peut être remplacé par une société libre que par une révolution sociale.

La différence majeur entre collectivistes et communistes porte sur la question de la "monnaie" après une révolution. Les anarcho-communistes considèrent que la suppression de la monnaie est essentielle, alors que les anarcho-collectiviste considèrent que la fin de la propriété privé des moyens de production est la clé. Comme le notait Kropotkine, l'anarchisme collectiviste "exprime un état des choses dans lequel tout ce qui est nécessaire à la production appartient de façon commune aux groupes de travail et aux communes libres, tandis que les voies de rétribution [i.e. de distribution] du travail, communiste ou autre, seraient mises en place par chaque groupe pour lui-même." [Anarchism, p. 295] Ainsi, tandis que le collectivisme et le communisme organisent tous deux la production en commun via des associations de producteurs, ils diffèrent sur la façon dont les biens produits seront distribués. Le communisme est basé sur la libre consommation de tout tandis que le collectivisme est très probablement basé sur la distribution de biens en fonction du travail effectué. Cependant, la plupart des anarcho-collectivistes pensent que, au fil du temps, avec l'augmentation de la productivité et un sens de la communauté devenu plus fort, la monnaie va disparaître. Les deux sont d'accord sur le fait que, à la fin, la société fonctionnera selon la maxime communiste : "De chacun suivant ses compétences, pour chacun suivant ses besoins." Ils ne sont simplement pas d'accord sur la vitesse à laquelle cela arrivera (voir la section I.2.2).

En ce qui concerne les anarcho-communistes, ils pensent que "le communisme -- au moins partiel -- a plus de chance d'être établi que le collectivisme" après une révolution. [Op. Cit., p. 298] Il pensent que des mouvements en direction du communisme sont essentiels puisque le collectivisme "commence par abolir la propriété privée des moyens de production et se retourne immédiatement en revenant au système de rémunération suivant le travail effectué, ce qui signifie la réintroduction de l'inégalité." [ Alexander Berkman, What is Anarchism?, p. 230] Plus vite on passe au communisme, moins on a de risque de voir de nouvelles inégalités se développer. Pas besoin de le dire, ces positions ne sont pas si différentes et, en pratique, la nécessité d'une révolution sociale et le niveau de conscience politique de ceux qui introduisent l'anarchisme déterminera quel système sera appliqué dans quelle zone.

Le syndicalisme est une autre forme majeure d'anarchisme socialiste. Les anarcho-syndicalistes, à l'instar d'autres syndicalistes, veulent créer un mouvement syndical industriel basé sur les idées anarchistes. De ce fait ils préconisent des syndicats décentralisés, fédérés qui utilisent l'action directe afin d'obtenir des réformes du capitalisme jusqu'au moment où ils seront assez puissants pour le renverser. À bien des égards l'anarcho-syndicalisme peut être considéré comme une nouvelle version de l'anarcho-collectivisme, qui met aussi l'accent sur l'importance pour les anarchistes de travailler au sein du mouvement ouvrier et de créer des syndicats qui préfigurent le future d'une société libre.

Ainsi, même sous le capitalisme, les anarcho-syndicalistes cherchent à créer des "associations libres de producteurs libres." Ils pensent que ces associations pourraient servir "d'école de la pratique anarchiste" et prennent très au sérieux la remarque de Bakounine selon laquelle les organisations de travailleurs doivent créer "non seulement les idées mais aussi les faits du futur lui-même" dans une période pré-révolutionnaire.

Les anarcho-syndicalistes, comme tous les anarchistes socialistes, "sont convaincus qu'un ordre économique Socialiste ne peut être créé par des décrets et des lois d'un gouvernement, mais seulement par une collaboration solidaire des travailleurs avec une main et un cerveau dans chaque branche de la production ; c'est-à-dire, à travers la prise de contrôle du management de toutes les usines par les producteurs eux-mêmes sous des formes telles que les groupes séparés, les usines, et les branches de l'industrie soient des membres indépendants de l'organisme économique générale et procèdent systématiquement à la production et la distribution des produits dans l'intérêt de la communauté sur la base d'accords libres et mutuels." [Rudolf Rocker, Anarcho-syndicalism, p. 55]

Encore une fois, comme les anarchistes socialistes, les anarcho-syndicalistes voient dans l'organisation et la lutte collective qu'impliquent les syndicats comme l'école de l'anarchisme. Comme Eugene Varlin (un anarchiste actif dans la Première Internationale qui a été tué à la fin de la Commune de Paris) le disait, les syndicats ont "l'avantage considérable d'habituer les gens à une vie de groupe et ainsi de les préparer à une organisation sociale plus étendue. Ils habituent les gens non seulement à s'entendre les uns les autres et à se comprendre les uns les autres, mais aussi à s'organiser eux-mêmes, à discuter, et à raisonner avec une perspective collective." En outre, ainsi que d'atténuer l'exploitation capitaliste et l'oppression dans l'ici et maintenant. les unions aussi "forment les éléments naturels de l'édifice social de l'avenir; c'est ils qui peuvent être facilement transformés dans les associations de producteurs; c'est qu'ils peuvent faire les ingrédients sociaux et l'organisation de travail de production." [cité par Julian P. W. L'archer, le Premier international en France, 1864-1872, p. 196]

La différence entre les syndicalistes et les autres anarchistes socialistes révolutionnaires est mince et tourne uniquement autour de la question des syndicats anarcho-syndicalistes. Les anarcho-collectivistes sont d'accord sur le fait que construire des syndicats libertaires est important et que travailler au sein du mouvement ouvrier est essentiel pour assurer "le développement et l'organisation [...] du pouvoir social (et, par conséquence, anti-politique) des masses laborieuses." [ [Bakounine], Michael Bakunin: Selected Writings, p. 197]. Les anarcho-communistes prennent également en considération l'importance du travail au sein du mouvement ouvrier, mais il pensent généralement que les organisations syndicales seront créées par les travailleurs en lutte, et ils considèrent donc comme plus important d'encourager "l'esprit de révolte" plutôt que de créer des syndicats et espérer que les travailleurs les rejoindront (bien sûr, les anarcho-syndicalistes soutiennent de telles luttes et organisations autonomes, donc la différence n'est pas énorme). Les anarcho-communistes ne se concentrent également pas autant sur le lieu de travail, puisqu'ils considèrent que les luttes en son sein son de même importance que les autres luttes contre la hiérarchie et la domination à l'extérieur du lieu de travail (la plupart des anarcho-syndicalistes sont d'accord avec cela, cependant, et ce n'est souvent qu'une question de degré d'importance). Quelques anarcho-communistes rejettent le mouvement ouvrier car ils pensent qu'il est réformiste par nature et refusent donc de travailler en son sein, mais ce n'est qu'une petite minorité.

Aussi bien les anarchistes communistes que collectivistes reconnaissent le besoin pour les anarchistes de s'unir dans des organisations purement anarchistes. Ils pensent que c'est essentiel que les anarchistes travaillent ensemble en tant qu'anarchistes pour clarifier et répandre leurs idées aux autres. Les syndicalistes nient souvent l'importance des groupes et fédérations anarchistes, en soutenant que la révolution industrielle et les syndicats de communauté se suffisent à eux-mêmes. Les syndicalistes pensent que les mouvements anarchistes et syndicalistes peuvent être fusionnés en un seul mouvement, mais la plupart des anarchistes ne sont pas d'accord. Les non-syndicalistes font remarquer la nature réformisme du syndicalisme et demandent instamment que, pour tenir les syndicats révolutionnaire, les anarchistes doivent travailler en leur sein dans le cadre d'un groupe anarchiste ou d'une fédération. La plupart des non-syndicalistes considèrent la fusion de l'anarchisme et le syndicalisme comme une source de confusion potentielle qui résulterait dans les deux mouvements ne pas faire correctement leur travail respectif. Pour plus de détails sur l'anarcho-syndicalisme voir l'article J.3.8 (et l'article J.3.9 pourquoi beaucoup d'anarchistes rejettent certains de ses aspects?). Il convient de souligner que les anarchistes non-syndicaliste ne rejettent pas la nécessité d'une lutte collective et l'organisation par les travailleurs (voir section H.2.8 sur ce mythe marxiste notamment).

Dans la pratique, quelques anarcho-syndicalistes rejettent totalement la nécessité d'une fédération anarchiste, tandis que quelques anarchistes sont totalement anti-syndicaliste. Par exemple, Bakounine a inspiré à la fois des idées anarcho-syndicalistes et anarcho-communiste, et les anarcho-communistes comme Kropotkine, Malatesta, Berkman et Goldman étaient tous favorables à des mouvements et des idées anarcho-syndicalistes.

Pour en savoir plus sur les différents types de l'anarchisme social, nous recommandons ce qui suit: le mutualisme est habituellement associé avec les oeuvres de Proudhon, Bakounine avec le collectivisme, le communisme avec Kropotkine, Malatesta, Goldman et Berkman. Le syndicalisme est un peu différent, car il était beaucoup plus le produit de travailleurs dans la lutte que le travail d'un nom «célèbre». L'idée que la classe ouvrière peut développer ses propres idées, par eux-mêmes, sont généralement perdues pour eux. Cependant, Rudolf Rocker est souvent considéré comme un théoricien de premier plan anarcho-syndicalistes et les œuvres de Fernand Pelloutier et Emile Pouget sont une lecture essentielle pour comprendre l'anarcho-syndicalisme. Pour un aperçu de l'évolution de l'anarchisme social et des mots clés, lire l'excellente anthologie de Daniel Guerin "Ni dieu ni maîtres" qui ne peut pas être amélioré.

A.3.3 Quels sont les types d'anarchisme vert existant ?

Une accentuation des idées anarchistes comme solution à la crise écologique est un sujet commun dans toutes les formes d'anarchisme aujourd'hui. La tendance remonte à Pierre Kropotkine qui notait qu'une société anarchiste serait basé sur une confédération de communautées qui intégreraient le travail manuel et cérébral ainsi que la décentralisation et l'intégration de l'agriculture et de l'industrie (voir le classique Champs, usines et ateliers). Cette idée d'une économie dans laquelle "small is beautiful" (-ndt: "ce qui est petit est beau"- pour utiliser le titre du classique écolo de E.F. Schumacher) était proposé 70 ans plus tôt avant que ça ne soit repris par ce qui allait devenir le mouvement vert. De plus, dans L'Entr'aide, Kropotkine a documenté comment la co-operation au sein des éspèces et entre elles et leur environnement est habituellement de plus grand bénéfice pour elles que la compétition. Le travail de Kropotkine, combiné avec ceux de William Morris, des frêres Reclus (les deux qui, comme Kropotkine, étaient des géographes renommés mondialement), et plusieurs autres ont posés les fondations de l'interêt actuel des anarchistes pour une solution écologique.

Cependant, tandis qu'il y a beaucoup de themes de nature ecologique au sein de l'anarchisme classique, ce n'est que relativement récemment que les similarités entre les pensées écologiques et l'anarchisme sont apparus (essentiellement a partir de la publication de l'essai de Murray Bookchin "Ecology and Revolutionary Thought" en 1965). En effet, ce ne serait pas une exagération de dire que ce sont les idées de Murray Bookchin qui ont placées l'écologie et des solutions écologiques au coeur de l'anarchisme et des idéaux anarchistes et l'analyse sur de nombreux aspects du mouvement vert.

Avant de discuter des types d'anarchisme vert (également appelée éco-anarchisme), il serait utile d'expliquer exactement ce que l'anarchisme et l'écologie ont en commun. Pour citer Murray Bookchin, «à la fois l'écologiste et l'anarchiste mettent un fort accent sur la spontanéité» et «à la fois l'écologiste et l'anarchiste, une unité de plus en plus croissante est obtenu par différenciation. Toute expansion est créé par la diversification et l'enrichissement de ses parties. » En outre, «[t] out comme l'écologiste cherche à élargir la gamme d'un éco-système et promouvoir le libre jeu entre les espèces, de sorte que l'anarchiste cherche à élargir la gamme des expériences sociales et supprimer toutes les entraves à son développement. » [Post-Anarchisme rareté, p. 72, p. 78]

Ainsi les préoccupations anarchiste pour le libre développement, la décentralisation, la diversité et la spontanéité se reflète dans les idées et les préoccupations écologiques. La hiérarchie, la centralisation, l'État et la concentration de la richesse réduisent la diversité et le libre développement des individus et de leurs communautés par leur nature même, et ainsi affaiblit l'éco-système social ainsi que les éco-systèmes réels dont les sociétés humaines font parties. Comme l'ecrit Bookchin, "le message reconstructif de l'ecologie... [est que ] l'on doit conserver et encourager la variété" mais au sein de la société moderne capitaliste "tout ce qui est. spontané, créatif et individué est circonscris par le standardisé, le régulé et le massifié." [Op. Cit., p. 76, p. 65] Donc, à bien des égards, l'anarchisme peut être considéré comme l'application des idées écologiques à la société, comme l'anarchisme vise à responsabiliser les individus et les communautés, décentraliser le pouvoir politique, social et économique afin d'assurer que les individus et la vie sociale se développe librement et de manière de plus en plus diversifiée dans la nature.

Donc quels sortes d'anarchisme vert existe-t-il ? le thème eco-anarchiste au sein de l'anarchisme a deux principales tendances, l'Ecologie Sociale et l'anarchisme "primitiviste". De plus, quelques anarchistes sont influencés par l'Ecologie Profonde, cependant pas beaucoup. Sans aucun doute, l'écologie sociale est le courant le plus influent. L'Écologie sociale est associée aux idées et aux œuvres de Murray Bookchin, qui a écrit sur les questions écologiques depuis les années 1950 et, depuis les années 1960, a combiné ces questions avec l'anarchisme social révolutionnaire. Ses œuvres comprennent Post-Scarcity Anarchism, Vers une société écologique, L'écologie de la liberté et une foule d'autres.

L'Écologie sociale localise les racines de la crise écologique fermement dans les rapports de domination entre les gens. La domination de la nature est considérée comme un produit de la domination au sein de la société, mais cette domination n'atteint des proportions de crise que sous le capitalisme. Dans les mots de Murray Bookchin:

La notion que l'homme doit dominer la nature émerge directement de la domination de l'homme par l'homme. . . Mais il a fallu attendre les relations communautaires organiques. . . dissous dans des relations de marché que la planète elle-même a été réduite à une ressource pour l'exploitation. Cette tendance séculaire trouve son développement le plus aggravante dans le capitalisme moderne. En raison de sa nature intrinsèquement concurrentielle, la société bourgeoise non seulement oppose les humains les uns contre les autres, elle oppose aussi la masse de l'humanité contre le monde de la nature. Tout comme les hommes sont transformés en produits de base, de sorte que chaque aspect de la nature est transformée en une marchandise, une ressource devant être fabriqué et marchandisée inconsidérément ». [Op. Cit., p. 63]

"Le pillage de l'esprit humain par le marché est mise en parallèle par le pillage de la planète par le capital." [Ibid., p. 65]

Par conséquent les écologistes sociaux considèrent qu'il est essentiel d'attaquer la hiérarchie et le capitalisme, et non pas en tant que telle la civilisation comme la cause profonde des problèmes écologiques. Ceci est l'un des points clés pour lesquels ils sont en désaccord avec les idées anarchistes "primitivistes", qui ont tendance à être beaucoup plus critique de tous les aspects de la vie moderne, certains allant même jusqu'à demander "la fin de la civilisation", y compris, apparemment, toutes les formes de technologie et les organisations à grande échelle.

À l'extrême, les anarchistes «primitivistes» plaident en faveur d'un retour à des formes de société humaine de "chasseurs-cueilleurs", s'opposant à la technologie comme étant hiérarchique par sa nature même. Le magazine britannique "green anarchist" est un ardent défenseur de cette idée.

Cependant, très peu d'anarchistes vont aussi loin. En effet, la plupart des anarchistes soutiennent effectivement que ce "Primitivisme" n'est pas du tout anarchiste, que le retour à une société de "chasseurs-cueilleurs" se traduirait par une famine de masse dans presque tous les pays du fait que l'infrastructure sociale s'effondre. En raison de la faible attractivité inhérente de ces idées "primitivistes" pour la plupart des gens, il ne pourrait jamais venir par des moyens libertaires (par exemple par le libre choix des individus qui créent par leurs propres actes) et ne peut donc pas être anarchiste du fait que très peu de gens auraient embrassé volontairement une telle situation. Cela conduit "Green Anarchist" à développer une forme d'éco-avant-gardisme dans le but, pour reprendre l'expression de Rousseau, de «forcer le peuple à être libre» (comme on peut le voir à partir des articles publiés en 1998 pour célébrer les actes de terrorisme). En outre, une telle position de "revenir en arrière" est profondément vicié, car tandis que les sociétés autochtones aborigènes sont généralement très anarchique, certaines de ces sociétés se sont développés en sociétés étatistes et propriétarienne, cela laissant entendre que de tels systèmes "anarchistes primitif" ne sont pas la réponse.

Cependant, quelques éco-anarchistes prennent une telle position extrême. La plupart des anarchistes "primitivistes" plutôt que d'être anti-technologie et anti-civilisation en tant que telle dedans (pour utiliser l'expression de David Watson) croient que c'est un cas que «l'affirmation de modes de vie autochtones» et que d'adopter une approche beaucoup plus critique à des questions telles que la technologie, la rationalité et le progrès que celui associé à l'écologie sociale. Ces éco-anarchistes rejettent "un primitivisme dogmatique qui prétend que nous pouvons revenir en quelque sorte de maniére linéaire à nos racines primordiales", tout autant que l'idée de "progrès", "remplaçant" à la fois des idées et des traditions des Lumières et des Contre-Lumières". Pour ces éco-anarchistes, le Primitivisme "reflète non seulement un aperçu de la vie avant la naissance de l'Etat, mais aussi une réponse légitime aux conditions réelles de la vie sous la civilisation" et nous devons respecter et apprendre du "paléolithiques et la sagesse des traditions néolithique" (tels que ceux associés avec les tribus amérindiennes et autres peuples autochtones). Bien que nous "ne pouvons pas, et ne voudrions pas abandonner les modes de penser séculaire (ndt : de "secular" : similaire à "laïque", "profane", "séculaire"...) et l'expérience du monde... Nous ne pouvons pas réduire l'expérience de la vie, et les questions incontournables fondamentales pourquoi nous vivons et comment nous vivons, en termes séculaires... En outre, la frontière entre le spirituel et le séculaire n'est pas si clair. Une compréhension dialectique que nous sommes notre histoire affirmerait une raison inspiré qui honore non seulement les révolutionnaires espagnols athées qui sont morts pour el idéal, mais aussi des prisonniers pacifistes de conscience religieuse, les danseurs fantômes Lakota, des ermites taoïstes et mystiques soufis exécutés". [David Watson, Au-delà de Bookchin: Préface pour un avenir écologie sociale, p. 240, p. 103, p. 240, pp. 66-67]

Cet anarchisme «primitiviste» est associé à une gamme de magazines, principalement des États-Unis, comme Fifth Estate. Par exemple, sur la question de la technologie, ces éco-anarchistes soutiennent que «[b] ien que le capitalisme de marché ait été une étincelle qui a mis le feu, et reste au centre du complexe, il est seulement une partie de quelque chose de plus: l'adaptation forcée des sociétés humaines organiques à une civilisation économique-instrumentale et ses techniques de masse, qui ne sont pas seulement hiérarchique et externe, mais de plus en plus «cellulaire» et interne. cela n'a aucun sens pour superposer les différents éléments de ce processus dans une hiérarchie mécaniste de la cause première et effets secondaires."[David Watson, Op. Cit., Pp. 127-8]

Pour cette raison, les anarchistes "primitivistes" sont plus critique de tous les aspects de la technologie, y compris les appels lancés par les écologistes sociaux pour l'utilisation de la technologie appropriée essentielle afin de libérer l'humanité et la planète. Comme Watson affirme:

"Parler de la société technologique est en fait se référer aux techniques générés au sein du capitalisme, qui à son tour génèrent de nouvelles formes de capital. La notion d'un royaume distinct de relations sociales qui déterminent cette technologie est non seulement anhistorique et non-dialectique, il reflète un type de schéma simpliste base / superstructure". [Ibid., P. 124]

Ainsi, il n'est pas de savoir de qui utilise la technologie qui détermine ses effets, mais plutôt que les effets de la technologie sont déterminés dans une large mesure par la société qui la crée. En d'autres termes, la technologie sélectionné est celle qui tend à renforcer le pouvoir hiérarchique que ce sont ceux au pouvoir qui choisissent généralement la technologie introduite au sein de la société (en disant cela, les gens opprimés ont cette excellente habitude de tourner la technologie contre les puissants et le changement technologique et la lutte sociale sont étroitement liés - voir la
section D.10). Ainsi, même l'utilisation de la technologie appropriée implique plus que la sélection de la gamme de la technologie disponible à portée de main, que ces technologies ont certains effets indépendamment de qui les utilise. Au contraire, il est une question de l'évaluation critique de tous les aspects de la technologie et de la modifier et la rejeter selon la nécessité pour maximiser la liberté individuelle, l'autonomisation et le bonheur. Quelques écologistes sociaux serait en désaccord avec cette approche, cependant, et les différences sont généralement une question d'accent plutôt qu'un point politique profond.

Enfin, les anarchistes «primitivistes», comme la plupart des autres anarchistes, sont profondément critique de l'appui de l'écologie sociale pour l'exécution de candidats aux élections municipales. Tandis que les écologistes sociaux voient cela comme un moyen de créer des ensembles d'auto-gestion populaires et la création d'un contre-pouvoir à l'Etat, quelques anarchistes conviennent. Au contraire, ils le voient comme réformiste par nature tout en étant désespérément naïve sur les possibilités d'utiliser des élections pour apporter des changements sociaux (voir la section J.5.14 pour une discussion plus approfondie). Au lieu de cela, ils proposent une action directe comme moyen de transmettre les idées anarchistes et écologiques, rejetant la campagne électorale comme une impasse qui finit par diluer les idées radicales et de corrompre les personnes impliquées (voir la section J.2 - Qu'est ce que l'action directe ?).

Pour en savoir plus sur l'anarchisme «primitiviste» voir futur primitif de John Zerzan et les excellents éléments de refus ainsi que de David Watson Au-delà de Bookchin et contre la Mega-Machine.

Derniérement, il y a «l'écologie profonde», qui, en raison de sa nature bio-centriste, beaucoup d'anarchistes la rejettent comme anti-humain. Il y a quelques anarchistes qui pensent que les gens, en tant que peuple, sont la cause de la crise écologique, ce que de nombreux écologistes profonds semblent suggérer. Murray Bookchin, par exemple, a été particulièrement franc dans sa critique sur l'écologie profonde et les idées anti-humains qui sont souvent associés avec elle (voir Which Way for the Ecology Movement?, par exemple). David Watson a également plaidé contre l'écologie profonde (voir son How Deep Is Deep Ecology? Écrite sous le nom de George Bradford). La plupart des anarchistes soutiennent que ce ne sont pas les gens, mais le système actuel qui est le problème, et que seuls les gens peuvent changer cela. Dans les mots de Murray Bookchin:

"[Les problèmes de l'écologie profonde] découlent d'une série autoritaire dans un biologisme brut qui utilise« loi naturelle » pour dissimuler un sentiment méprisant sur l'humanité et des documents sur une profonde ignorance de la réalité sociale en ignorant le fait que c'est le capitalisme dont nous parlons, et pas une abstraction appelée «l'humanité» et «société»." [La Philosophie de l'Écologie sociale, p. 160]

Plonger la critique et l'analyse écologique en une protestation simpliste contre la race humaine fait ignorer les véritables causes et la dynamique de la destruction écologique et, par conséquent, assure qu'une fin à cette destruction ne peut être trouvé. Autrement dit, ce n'est pas les «gens» qui sont à blâmer lorsque la grande majorité ont vraiment rien à dire dans les décisions qui affectent leurs vies, les collectivités, les industries et les éco-systèmes. Au contraire, c'est un système économique et social qui place les profits et la puissance au-dessus des gens et de la planète. En mettant l'accent sur "l'humanité" (et ainsi de ne pas distinguer entre riches et pauvres, hommes et femmes, les Blancs et les personnes de couleur, les exploiteurs et exploités, oppresseurs et opprimés) le système sous lequel nous vivons est effectivement ignoré, et sont par conséquent les causes institutionnelles des problèmes écologiques.

Face à une critique anarchiste constante de certains de leurs rayons-personnes idées, de nombreux écologistes profonds ont détourné des idées anti-humaines associées à leur mouvement. L'écologie profonde, en particulier l'organisation Earth First! (EF!), A considérablement changé au fil du temps, et EF! a maintenant une relation de travail étroite avec des syndicalistes (comme les IWW). Alors que l'écologie profonde n'est pas un thème de l'éco-anarchisme, il partage beaucoup d'idées et est de plus en plus acceptée par les anarchistes comme EF! qui rejette ses quelques idées misanthropiques et commence à voir que la hiérarchie, et non la race humaine, est le problème (pour une discussion entre Murray Bookchin et le leader de Earth First! Dave Foreman voir le livre Defending the Earth).

A.3.4 L'anarchisme est-il pacifiste?

Un courant pacifiste a longtemps existé dans l'anarchisme, Léon Tolstoï étant l'une de ses grandes figures. Ce courant est généralement appelé "anarcho-pacifisme" (le terme «anarchiste non violent» est parfois utilisé, mais ce terme est malaproprié parce qu'il impliquerait que le reste du mouvement serait «violent», ce qui est pas le cas!). L'union de l'anarchisme et du pacifisme n'est pas surprenant étant donné les idéaux et les arguments fondamentaux de l'anarchisme. Après tout, la violence ou la menace de violence ou de préjudice, est un des principaux moyens par lequel la liberté individuelle est détruite. Comme Peter Marshall le souligne, « [c] ompte tenu du respect de l'anarchiste pour la souveraineté de l'individu, dans le long terme, c' est la non-violence et non la violence qui est impliquée par les valeurs anarchistes. " [Exiger l'impossible, p.637] Malatesta est encore plus explicite quand il a écrit que le "plan principal de l'anarchisme est l'élimination de la violence des relations humaines" et que "les anarchistes sont opposés à la violence." [Vie et idées, p. 53]

Cependant, bien que beaucoup d'anarchistes rejettent la violence et proclament le pacifisme, le mouvement, en général, n'est pas par essence pacifiste (dans le sens de l'opposition à toutes les formes de violence à tout moment). Plutôt, il est anti-militariste, contre la violence organisée de l'Etat mais reconnaissant qu'il existe des différences importantes entre la violence de l'oppresseur et la violence de l'opprimé. Cela explique pourquoi le mouvement anarchiste a mis toujours beaucoup de temps et d'énergie à s'opposer à la machine militaire et aux guerres capitalistes alors que, dans le même temps, le soutien et l'organisation de la résistance armée contre l'oppression (comme dans le cas de l'armée makhnoviste pendant la Révolution russe qui a résisté à la fois aux armées blanches et rouges et les milices anarchistes organisés pour résister aux fascistes pendant la révolution espagnole - voir sections A.5.4 et A.5.6, respectivement).

Sur la question de la non-violence, comme une règle empirique, le mouvement se divise entre des lignes individualistes et socialistes. La plupart des anarchistes individualistes soutiennent des tactiques de changement social purement non-violents, comme le font les mutualistes. Cependant, l'anarchisme individualiste n'est pas pacifiste en tant que tel, puisque beaucoup soutiennent l'idée de la violence en légitime défense contre l'agression. La plupart des anarchistes sociaux, d'autre part, prennent en charge l'utilisation de la violence révolutionnaire, jugeant que la force physique sera nécessaire pour renverser le pouvoir enracinée et de résister à l'État et à l'agression capitaliste (même si il était anarcho-syndicaliste, Bart de Ligt, a écrit le classique pacifiste, La Conquête de la violence). Comme Malatesta disait, la violence, tout en étant "en soi un mal" est "justifiable seulement quand elle est nécessaire pour défendre soi-même et d'autres contre la violence" et que "l'esclave est toujours dans un état de légitime défense et, par conséquent, sa violence contre le patron, contre l'oppresseur, est toujours moralement justifiable. " [Op. Cit., P. 55, pp. 53-54] En outre, ils soulignent que, pour reprendre les mots de Bakounine, depuis que l'oppression sociale "dépend beaucoup moins d'individus que de l'organisation des choses et de positions sociales", les anarchistes visent à "détruire impitoyablement les positions et les choses "plutôt que les personnes, puisque le but d'une révolution anarchiste est de voir la fin des classes privilégiées "non en tant qu'individus, mais en tant que classes. " [cité par Richard B. Saltman, La pensée sociale et politique de Michel Bakounine p. 121, p. 124 et p. 122]

En effet, la question de la violence est relativement peu importante pour la plupart des anarchistes, car ils ne la glorifient pas et pensent qu'elle devrait être maintenue à un minimum au cours d'une lutte sociale ou d'une révolution. Tous les anarchistes seraient d'accord avec le pacifiste anarcho-syndicaliste Néerlandais Bart de Ligt quand il fait valoir que "la violence et la guerre qui sont des conditions caractéristiques du monde capitaliste ne vont pas avec la liberté de l'individu, qui est la mission historique des classes exploitées. plus grande est la violence, plus faible est la révolution, même si la violence a été délibérément mise au service de la révolution". [La Conquête de la violence, p. 75]

De même, tous les anarchistes seraient en accord avec de Ligt sur, utiliser le nom de l'un des chapitres de son livre, "l'absurdité de pacifisme bourgeois." Pour de Ligt, et tous les anarchistes, la violence est inhérente au système capitaliste et toute tentative de rendre le capitalisme pacifiste est vouée à l'échec. Ceci est parce que, d'une part, la guerre est souvent juste de la concurrence économique effectué par d'autres moyens. Les nations vont souvent à la guerre quand ils sont confrontés à une crise économique, ce qu'ils ne peuvent gagner en lutte économique, ils tentent de l'obtenir par le conflit. D'autre part, «la violence est indispensable dans la société moderne... [Parce que] sans elle la classe dirigeante serait complètement incapable de maintenir sa position privilégiée en ce qui concerne les masses exploitées dans chaque pays. L'armée est utilisée en premier lieu à maitriser les travailleurs... quand ils deviennent mécontents. " [Bart de Ligt, Op. Cit., P. 62] Tant que l'Etat et le capitalisme existent, la violence est inévitable et donc, pour les anarcho-pacifistes, le pacifiste cohérent doit être un anarchiste comme l'anarchiste cohérent doit être un pacifiste.

Pour les anarchistes qui sont non-pacifistes, la violence est considérée comme un résultat inévitable et malheureuse d'oppression et d'exploitation ainsi que le seul moyen par lequel les classes privilégiées renonceront à leur pouvoir et leurs richesses. Ceux qui sont en autorité donnent rarement leur pouvoir et doivent donc être contraints à le faire. D'où la nécessité de la violence "transitoire" "pour mettre fin à la beaucoup plus grande, et permanente, violence qui maintient la majorité de l'humanité dans la servitude." [Malatesta, Op. Cit., P. 55] Se concentrer sur la question de la violence contre la non-violence c'est ignorer la vraie question, à savoir comment pouvons-nous changer la société pour le mieux. Comme Alexandre Berkman l'a souligné, ces anarchistes qui sont pacifistes confondent la question, comme ceux qui pensent que "c'est le même comme si retrousser vos manches pour le travail devrait être considéré comme le travail lui-même." Au contraire, «[la] part de lutte de la révolution est simplement de Retrousser ses manches. ___La vraie, tâche réelle est en avance__." [ABC de l'anarchisme, p. 40] Et, en effet, la plupart des luttes sociales et les révolutions commencent relativement pacifiquement (via les grèves, occupations, etc.) et ne dégénèrent en violence quand ceux au pouvoir essayent de maintenir leur position (un exemple classique de ceci est en Italie, en 1920, lorsque l'occupation des usines par les travailleurs a été suivie par la terreur fasciste - voir la section A.5.5).

Comme indiqué ci-dessus, tous les anarchistes sont des anti-militaristes et s'opposent à la fois à la machine militaire (et donc l'industrie "de défense") ainsi que les guerres étatistes / capitalistes (bien que quelques anarchistes, comme Rudolf Rocker et Sam Dolgoff, ont considérés l'anti-fascisme capitaliste au cours de la seconde guerre mondiale comme un moindre mal). Le message de la machine anti-guerre des anarchistes et anarcho-syndicalistes a été propagée longtemps avant le début de la première guerre mondiale, avec des syndicalistes et anarchistes en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord réimprimant un dépliant de la CGT française exhortant les soldats à ne pas suivre les ordres et de réprimer leurs collègues en lutte. Emma Goldman et Alexandre Berkman ont étés arrêtés et expulsés de l'Amérique pour l'organisation d'un «ligue anti-Conscription" en 1917 alors que de nombreux anarchistes en Europe étaient emprisonnés pour avoir refusés de rejoindre les forces armées dans les première et deuxième guerres mondiales. L'IWW (influencé par les anarcho-syndicalistes) a été écrasée par une vague de répression impitoyable du gouvernement en raison de la menace de son organisation et le message anti-guerre présenté aux puissantes élites qui étaient favorables à la guerre. Plus récemment, les anarchistes, (y compris des gens comme Noam Chomsky et Paul Goodman) ont joué un rôle actif dans le mouvement pour la paix et ont contribués à la résistance à la conscription où elle existe encore. Les anarchistes ont pris une part active dans l'opposition aux guerres comme la guerre du Vietnam, la guerre des Malouines, ainsi que la guerre du Golfe (y compris, en Italie, en aidant à organiser des grèves pour protester contre elle). Et ce fut au cours de ce dernièr conflit lorsque beaucoup d'anarchistes ont soulevé le slogan "Non à la guerre, mais la guerre de classe» qui résume bien l'opposition anarchiste à la guerre - à savoir une conséquence du mal de tout système de classe, dans lequel les classes opprimées de différents pays tuent l'autre pour le pouvoir et les profits de leurs dirigeants. Plutôt que de prendre part à ce massacre organisé, les anarchistes incitent les gens à travailler pour s'occuper de leurs propres intérêts plutôt que ceux de leurs maîtres:

"Plus que jamais, nous devons éviter la compromission; d'approfondir le fossé entre les capitalistes et les esclaves salariés, entre les gouvernants et les gouvernés; prêcher l'expropriation de la propriété privée et la destruction des États comme le seul moyen de garantir la fraternité entre les peuples et la justice et la liberté pour tous; et nous devons nous préparer à accomplir ces choses ". [Malatesta, Op. Cit., P. 251] [Malatesta, Op. Cit., p. 251]

(Nous devons noter ici que les paroles de Malatesta ont été écrites en partie contre Pierre Kropotkine qui, pour des raisons connues de lui-même, a rejeté tout ce qu'il avait mis en valeur depuis des décennies et a soutenu les alliés de la Première Guerre mondiale comme un moindre mal contre l'autoritarisme allemand et l'impérialisme. Bien sûr, comme Malatesta l'a souligné, "tous les gouvernements et toutes les classes capitalistes" font "des méfaits... contre les travailleurs et les rebelles de leurs propres pays." [Op. Cit., p. 246])

Ainsi, l'attrait du pacifisme des anarchistes est clair. La violence est autoritaire et coercitive, et ainsi son utilisation contredit les principes anarchistes. Voilà de la façon dont les anarchistes seraient d'accord avec Malatesta, quand il soutient que «[nous] sommes en principe opposé à la violence et pour cette raison souhaitent que la lutte sociale devrait être effectuée le plus humainement possible." [Op. Cit., P. 57] La plupart, si ce n'est tous, les anarchistes qui ne sont pas strictement pacifistes sont d'accord avec les pacifistes-anarchistes quand ils affirment que la violence peut souvent être contre-productive, s'aliéner les gens et donner à l'Etat un prétexte pour réprimer à la fois le mouvement anarchiste et les mouvements populaires pour le changement social. Tous les anarchistes soutiennent l'action directe non-violente et la désobéissance civile, qui offrent souvent de meilleures routes à un changement radical.

Donc, pour résumer, les anarchistes qui sont pacifistes purs sont rares. La plupart acceptent l'utilisation de la violence comme un mal nécessaire et considèrent qu'il faut minimiser son utilisation. Tous conviennent qu'une révolution qui institutionnalise la violence juste recréera l'État sous une nouvelle forme. Ils affirment, cependant, que ce n'est pas autoritaire de détruire l'autorité ou d'utiliser la violence pour résister à la violence. Par conséquent, bien que la plupart des anarchistes ne sont pas pacifistes, la plupart rejettent la violence, sauf en cas de légitime défense et même alors réduits au minimum.

A.3.5 Qu'est ce que l'Anarcha-Feminisme?

Bien que l'opposition à l'Etat et à toutes les formes d'autorité avaient une voix forte parmi les premières féministes du 19ème siècle, le plus récent mouvement féministe qui a commencé dans les années 1960 a été fondée sur la pratique anarchiste. Ceci est d'où le terme anarcha-féminisme est venu, se référant aux femmes anarchistes qui agissent au sein des mouvements féministes plus larges et anarchistes pour leur rappeler leurs principes.

L'anarchisme et le féminisme ont toujours été étroitement liés. Beaucoup de féministes remarquables ont également été anarchistes, y compris la pionniere Mary Wollstonecraft (auteur de Défense des droits de la femme), la communarde Louise Michel, Voltairine de Cleyre et la championne infatigable de la liberté des femmes, Emma Goldman (voir ses fameux essais "La traite des femmes "," Suffrage des femmes"," La tragédie de l'émancipation de la femme "," mariage et l'amour " et " victimes de la morale ", par exemple). Liberté, le plus vieux journal anarchiste du monde, a été fondée par Charlotte Wilson en 1886. En outre, tous les grands penseurs anarchistes (à l'exception de Proudhon) étaient des partisans de l'égalité des femmes. Le mouvement "Femmes Libres" en Espagne au cours de la révolution Espagnole est un exemple classique de l'auto-organisation de femmes anarchistes pour défendre leurs libertés fondamentales et de créer une société fondée sur liberté et l'égalité des femmes (voir femmes libre de l'Espagne par Martha Ackelsberg pour plus de détails sur cette importante organisation).

L'anarchisme et le féminisme ont partagé beaucoup d'histoire commune et une préoccupation à propos de la liberté individuelle, l'égalité et la dignité pour les membres du sexe féminin (bien que, comme nous l'expliquerons plus en détail ci-dessous, les anarchistes ont toujours été très critique de courant / féminisme libéral qui ne va pas assez loin). Par conséquent, il n'est pas surprenant que la nouvelle vague du féminisme des années soixante se soit exprimé d'une manière anarchique et a attiré beaucoup d'inspiration à partir des figures anarchistes telles que Emma Goldman. Cathy Levine souligne que, pendant ce temps, "des groupes indépendants de femmes ont commencé à fonctionner sans la structure, ni les dirigeants et ni les autres factotums de la gauche masculin, la création, indépendamment et simultanément, des organisations similaires à celles des anarchistes de nombreuses décennies et régions. Aucun hasard". [cité par Clifford Harper, Anarchy: Un Graphic Guide, p. 182]

Ce n'est pas un hasard parce que, comme les universitaires féministes ont noté, les femmes étaient parmi les premières victimes de la société hiérarchique, qui est supposé avoir commencé avec la montée du patriarcat et des idéologies de domination pendant l'ère néolithique. Marilyn French fait valoir ( dans "en delà de la puissance") que la première stratification sociale majeure de la race humaine a eu lieu lorsque les hommes ont commencé à dominer les femmes, les femmes devenant en effet une classe sociale «basse» et «inférieure».

Peggy Kornegger a attiré l'attention sur les fortes connexions entre le féminisme et l'anarchisme, à la fois en théorie et en pratique. "La perspective féministe radicale est l'anarchisme presque pur», écrit-elle. "La théorie de base postule la famille nucléaire comme la base de tous les systèmes autoritaires. La leçon que l'enfant apprend, du père, de l'enseignant, du patron, de "Dieu", est d'obéir à la grande voix anonyme de l'autorité. Pour obtenir leur diplôme, de l'enfance à l'âge adulte, est de devenir un automate à part entière, incapable de questionnement ou même de penser clairement ". [Ibid.] De même, le Collectif Zéro fait valoir que l'anarcha-féminisme »consiste à reconnaître l'anarchisme du féminisme et consciemment le développer." [The Raven, non. 21, p. 6]

Les Anarcho-féministes soulignent que les traits et les valeurs autoritaires, par exemple, la domination, l'exploitation, l'agressivité, la compétitivité, la désensibilisation, etc., sont très appréciés dans les civilisations hiérarchiques et sont traditionnellement désignés comme «masculins». En revanche, les traits et les valeurs non-autoritaires tels que la coopération, le partage, la compassion, la sensibilité, la chaleur, etc., sont traditionnellement considérés comme «féminins» et sont dévalués. Les universitaires féministes ont tracé ce phénomène de retour à la croissance des sociétés patriarcales au début âge du bronze et leur conquête des sociétés à base co-opératoire pour lesquels les traits et les valeurs «féminines» étaient répandues et respectées. Suite à ces conquêtes, cependant, ces valeurs sont venus à être considérées comme «inférieures», surtout pour un homme, puisque les hommes étaient en charge de la domination et l'exploitation sous le patriarcat. (Voir, par exemple Riane Eisler, le calice et la lame; Elise Boulding, le dessous de l'Histoire). Ainsi les anarcha-féministes ont appelés à la création d'une société anarchiste non-autoritaire fondé sur la coopération, le partage, l'entraide, etc., comme la «féminisation de la société."

Les Anarcho-féministes ont notés que la "féminisation" de la société ne peut pas être atteinte sans à la fois l'auto-gestion et la décentralisation. Ceci est parce que les valeurs patriarcales et autoritaires traditionnelles qu'ils souhaitent renverser sont incarnées et reproduites dans les hiérarchies. Ainsi le féminisme implique la décentralisation, qui à son tour implique l'auto-gestion. Beaucoup de féministes ont reconnu, comme en témoignent leurs expériences avec des formes collectives d'organisations féministes qui éliminent la structure hiérarchique et des formes concurrentielles de la prise de décision. Certaines féministes ont même soutenu que les organisations démocratiques directes sont des formes politiques spécifiquement féminines [voir par exemple Nancy Hartsock "Téhorie Feministe et le développement de la stratégie révolutionnaire," dans Zeila Eisenstein, éd., Patriarcat capitaliste et l'affaire de féminisme socialiste, pp. 56-77]. Comme tous les anarchistes, anarcho-féministes reconnaissent que l'auto-libération est la clé de l'égalité et donc, la liberté des femmes. Ainsi Emma Goldman:

"Son développement, sa liberté, son indépendance, doit venir de et par elle-même d'abord, par elle-même affirmer comme une personnalité, et non comme une marchandise sexuelle. Deuxièmement, en refusant le droit de quiconque sur son corps; En refusant de porter des enfants , à moins qu'elle ne le veuille, en refusant d'être une servante de Dieu, de l'État, de la société, du mari, de la famille, etc., en faisant sa vie simple, mais profonde et plus riche. C'est, en essayant d'apprendre la signification et la substance de la vie dans toute sa complexité; en se libérant de la peur de l'opinion publique et de la condamnation publique ". [L'anarchisme et autres essais, p. 211]

L'Anarcha-féminisme tente de garder le féminisme hors des influences et de la domination par des idéologies autoritaires que ce soit la droite ou la gauche. Il propose une action directe et l'auto-assistance au lieu des campagnes réformistes de masse favorisées par le mouvement «officiel» féministe, avec sa création d'organisations hiérarchiques et centralistes et son illusion que d'avoir plus de femmes patronnes, politiciennes, et des soldates est un mouvement vers «l'égalité ». Les Anarcho-féministes tiennent à souligner que la soi-disant «science de management" que les femmes doivent apprendre afin de devenir des gestionnaires dans les entreprises capitalistes est essentiellement un ensemble de techniques de contrôle et d'exploitation des travailleurs salariées dans les hiérarchies d'entreprise, alors que la "féminisation" de la société exige l'élimination de l'esclavage salarié capitaliste et la domination manageriale tout à fait. Les Anarcho-féministes réalisent que d'apprendre à devenir un exploiteur efficace ou oppresseur est pas le chemin de l'égalité (comme un membre des Mujures Libres le dit, «[nous] ne voulions pas substituer une hiérarchie féministe à la place d'une masculine» [ cité par Martha A. Ackelsberg, femmes libres de l'Espagne p.2] -. voir également la section B.1.4 pour une nouvelle discussion sur le patriarcat et la hiérarchie).

D'où l'hostilité traditionnelle de l'anarchisme pour les libéraux (ou courant dominant) féministes, tout en soutenant la libération et l'égalité des femmes. Federica Montseny (une figure de proue du mouvement anarchiste espagnol) a fait valoir que ce féminisme préconise l'égalité pour les femmes, mais n'a pas contesté les institutions existantes. Elle a fait valoir que (courant dominant) le féminisme "seule ambition est de donner aux femmes d'une classe particulière la possibilité de participer plus pleinement au système existant de privilège" et que si ces institutions "sont injustes quand les hommes profitent d'elles, elles seront toujours injuste si les femmes profitent d'elles. "[cité par Martha A. Ackelsberg, Op. Cit., Pp. 90-91, p. 91]

Donc, dans le mouvement historique anarchiste, comme le note Martha Ackelsberg, le féminisme libéral / "courant dominant" a été considéré comme étant «trop étroitement ciblées comme une stratégie pour l'émancipation des femmes; la lutte sexuelle ne peut pas être séparé de la lutte des classes ou du projet anarchiste dans son ensemble. "[Op. Cit., P. 91] Les Anarcha-féministes continuent cette tradition en faisant valoir que toutes les formes de hiérarchie sont mauvaises, et pas seulement le patriarcat, et que le féminisme est en conflit avec ses propres idéaux si elle désire simplement permettre aux femmes d'avoir la même chance d'être une patronne comme l'homme le fait.

Les Anarcho-féministes, donc, comme tous les anarchistes considèrent le capitalisme comme un déni de liberté. L'idéal qu'une "égalité des chances" dans le capitalisme permettrait de libérer les femmes ignore le fait qu'un tel système verrait encore les femmes de la classe ouvrière opprimée par les patrons (qu'ils soient homme ou femme). Pour les anarcha-féministes, la lutte pour la libération des femmes ne peut pas être séparé de la lutte contre la hiérarchie en tant que telle. Comme L. Susan Brown le dit:

L'"Anarchiste-féminisme, comme expression de la sensibilité anarchiste appliqué aux préoccupations féministes, prend l'individu comme point de départ et, en opposition aux relations de domination et de subordination, plaide pour des formes économiques non instrumentales qui preservent la liberté existentielle individuelle, à la fois pour les hommes et les femmes." [La politique de l'individualisme, p. 144]

Les Anarcho-féministes ont beaucoup à apporter à notre compréhension des origines de la crise écologique dans les valeurs autoritaires de la civilisation hiérarchique. Par exemple, un certain nombre d'universitaires féministes ont soutenu que la domination de la nature a en parallèle la domination des femmes, qui ont été identifiés avec la nature à travers l'histoire (Voir, par exemple, Carline Merchant, The Death of Nature, 1980). Les femmes et la nature sont victimes de l'obsession du contrôle qui caractérise la personnalité autoritaire. Pour cette raison, un nombre croissant d'écologistes et féministes radicales reconnaissent que les hiérarchies doivent être démantelées en vue d'atteindre leurs objectifs respectifs.

En outre, les anarcho-féministes nous rappellent l'importance de traiter les femmes à égalité avec les hommes tandis que, dans le même temps, en respectant les différences des femmes vis à vis des hommes. En d'autres termes, que la reconnaissance et le respect de la diversité comprend les femmes ainsi que les hommes. Trop souvent, beaucoup d'anarchistes masculins supposent que, parce qu'ils sont (en théorie) opposés au sexisme, ils ne sont pas sexistes dans la pratique. Une telle hypothèse est fausse. Les Anarcha-féministes posent la question de la cohérence entre la théorie et la pratique à l'avant de l'activisme social et nous rappelle à tous que nous devons combattre non seulement les contraintes externes, mais aussi internes.

A.3.6 Qu'est ce que l'Anarchisme culturel ?

Pour nos besoins, nous allons définir l'anarchisme culturel comme la promotion des valeurs anti-autoritaires à travers ces aspects de la société traditionnellement considérés comme appartenant à la sphère de la «culture» plutôt que de l'«économie» ou la «politique» - par exemple, à travers l'art, la musique, le théâtre, la littérature, l'éducation, la pratique de l'éducation des enfants, la morale sexuelle, la technologie, et ainsi de suite.

Les expressions culturelles sont anarchique dans la mesure où elles attaquent délibérément, affaiblissent ou renversent la tendance de la plupart des formes culturelles traditionnelles promouvant les valeurs et les attitudes autoritaires, notamment la domination et l'exploitation. Ainsi, un roman qui dépeint les maux du militarisme peut être considéré comme de l'anarchisme culturelle si elle va au-delà du modèle simple "guerre est l'enfer" et permet au lecteur de voir comment le militarisme est connecté avec les institutions autoritaires (par exemple, le capitalisme et l'étatisme) ou des méthodes du conditionnement autoritaire (par exemple de l'éducation dans la famille patriarcale traditionnelle). Ou, comme l'exprime John Clark, l'anarchisme culturelle "implique le développement des arts, des médias, et d'autres formes symboliques qui exposent divers aspects du système de domination et de les opposer à un système de valeurs fondé sur la liberté et la communauté."" [Le Moment anarchiste: Réflexions sur la culture, la nature et de l'énergie]

L'anarchisme culturel est important - voire indispensable - parce que les valeurs autoritaires sont intégrés dans un système global de domination avec de nombreux aspects en plus de la politique et de l'économique. D'où ces valeurs ne peuvent pas être éradiquées, même par une révolution économique et politique combiné si il n'est pas aussi accompagné par des changements psychologiques profonds dans la majorité de la population. L'acquiescement de masse au système actuel est enracinée dans la structure psychique des êtres humains (leur «structure de caractère», pour reprendre l'expression de Wilhelm Reich), qui est produite par de nombreuses formes de conditionnement et de socialisation qui se sont développées avec la civilisation patriarcale autoritaire au cours des cinq ou six mille ans passés.

En d'autres termes, même si le capitalisme et l'Etat sont renversés demain, les gens créeraient bientôt de nouvelles formes d'autorité à leur place. Pour autorité - un leader fort, une chaîne de commandement, à quelqu'un de donner des ordres et de soulager un de la responsabilité de penser par soi-même - sont ce que la personnalité de soumission / autoritaire se sent plus à l'aise. Malheureusement, la majorité des êtres humains craignent la vraie liberté, et en effet, ne savent pas quoi faire avec elle - comme il est montré par une longue série de révolutions manquées et les mouvements de libération dans laquelle les idéaux révolutionnaires de liberté, de démocratie et d'égalité étaient trahi et une nouvelle hiérarchie et classe dirigeante ont été rapidement créé. Ces échecs sont généralement attribués aux machinations des politiciens capitalistes et réactionnaires, et de la perfidie des dirigeants révolutionnaires; mais les politiciens réactionnaires attirent seulement des adeptes parce qu'ils trouvent un terrain favorable à la croissance de leurs idéaux autoritaires dans la structure de caractère des gens ordinaires.

D'où la condition pour une révolution anarchiste est une période de prise de conscience dans laquelle les gens deviennent peu à peu conscients des traits de soumission / autoritaires en eux-mêmes, voir comment ces traits sont reproduits par le conditionnement, et de comprendre comment ils peuvent être atténués ou éliminés par le biais de nouvelles formes de la culture, en particulier de nouvelles méthodes d'éducation des enfants et des pédagogies. Nous allons explorer cette question plus en détail dans la section B.1.5 (Quelle est la base d'une psychologie de masse pour la civilisation autoritaire?), J.6 (Quelles sont les méthodes d'éducation des enfants les anarchistes prônent-ils ?), Et J.5.13 (Que sont les écoles modernes ?)

Les idées anarchistes culturels sont partagés par presque toutes les écoles de pensée anarchiste et la sensibilisation est considéré comme un élément essentiel de tout mouvement anarchiste. Pour les anarchistes, il est important de «construire le nouveau monde dans la coquille de l'ancienne» dans tous les aspects de nos vies et de créer une culture anarchiste fait partie de cette activité. Quelques anarchistes, cependant, envisagent la sensibilisation comme suffisante en soi et ainsi combinent les activités anarchistes culturels avec l'organisation, en utilisant l'action directe et construisent des alternatives libertaires dans la société capitaliste. Le mouvement anarchiste est celui qui combine l'auto-activité pratique avec le travail culturel, avec les deux activités s'alimentant et se soutenant l'une l'autre.

A.3.7 Y-a-t-il des anarchistes religieux ?

Oui il y en a. Alors que la plupart des anarchistes se sont opposés à la religion et à l'idée de Dieu comme profondément anti-humaine et une justification de l'autorité terrestre et de l'esclavage, quelques croyants en une religion ont pris leurs idées vers des conclusions anarchistes. Comme tous les anarchistes, ces anarchistes religieux ont combinés une opposition à l'État à une position critique à l'égard de la propriété privée et de l'inégalité. En d'autres termes, l'anarchisme est pas nécessairement athée. En effet, selon Jacques Ellul, "la pensée biblique mène directement à l'anarchisme, et que cela est la seule position" politique anti-politique »en accord avec les penseurs chrétiens." [cité par Peter Marshall, exiger l'impossible, p. 75]

Il y a beaucoup de différents types d'anarchisme inspirés par les idées religieuses. Comme le fait remarquer Peter Marshall, la «première expression claire d'une sensibilité anarchiste peut être retracée des taoïstes dans la Chine ancienne à partir du sixième siècle avant JC" et "le bouddhisme, en particulier dans sa forme zen,... A... Un fort esprit libertaire. "[Op. Cit., P. 53, p. 65] Certains combinent leurs idées anarchistes avec des influences païennes et spiritualistes. Cependant, l'anarchisme religieux prend généralement la forme de l'anarchisme chrétien, et nous allons nous concentrer sur celui-ci.

Les anarchistes chrétiens prennent au sérieux les mots de Jésus à ses fidèles que «les rois et les gouverneurs ont la domination sur les hommes; Qu'il n'y ait point de pareil parmi vous." De même, l'affirmation de Paul que "aucune autorité, sauf Dieu» est pris à sa conclusion évidente avec le refus de l'autorité de l'Etat dans la société. Ainsi, pour un vrai chrétien, l'Etat usurpe l'autorité de Dieu et il appartient à chaque individu de se gouverner et de découvrir que (pour reprendre le titre du célèbre livre de Tolstoï) Le Royaume de Dieu est en soi.

De même, la pauvreté volontaire de Jésus, ses commentaires sur les effets corrupteurs de la richesse et de la demande biblique que le monde a été créé pour l'humanité pour être apprécié en commun et a été repris comme base d'une critique socialiste de la propriété privée et du capitalisme. En effet, la première église chrétienne (qui pourrait être considéré comme un mouvement de libération des esclaves, bien que l'un a plus tard été coopté dans une religion d'Etat) a été fondée sur le partage communiste de biens matériels, un thème qui a constamment apparu dans les mouvements chrétiens radicaux (en effet, la Bible aurait été utilisé pour exprimer les aspirations libertaires radicales de l'opprimé, qui, dans les derniers temps, aurait pris la forme d'une terminologie anarchiste ou marxiste). Ainsi les commentaires égalitaires du pasteur John Ball au cours de la révolte paysanne en 1381 en Angleterre:

"Quand Adam bêchait et qu'Eve filait, qui était alors gentleman ?"

L'histoire de l'anarchisme chrétien comprend l'hérésie de l'Esprit libre au Moyen-Age, de nombreuses révoltes paysannes et les anabaptistes au 16e siècle. La tradition libertaire au sein du christianisme a refait surface dans le 18ème siècle dans les écrits de William Blake et l'américain Adam Ballou portant à des conclusions anarchistes dans son socialisme chrétien pratique en 1854. Toutefois, l'anarchisme chrétien est devenu un fil clairement définie du mouvement anarchiste avec le travail du célèbre auteur russe Léon Tolstoï.

Tolstoï a pris le message de la Bible au sérieux et est venu à considérer qu'un vrai chrétien doit s'opposer à l'Etat. De sa lecture de la Bible, Tolstoï a tiré des conclusions anarchistes:

"le pouvoir [sur] signifie employer la force, et en utilisant la force cela signifie faire de celui dont la force est utilisée, ce qui ne lui plaît pas et ce que celui qui utilise la force ne voudrait certainement pas être fait pour lui-même. en conséquence le pouvoir [sur] signifie faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'ils nous fassent, qui est, faire le mal ". [Le Royaume de Dieu est en vous, p. 242]

Ainsi, un vrai chrétien doit éviter de gouverner les autres. De cette position anti-étatiste tout naturellement il a plaidé en faveur d'une société auto-organisée par le bas:

«Pourquoi penser que les gens non-officiels ne peuvent pas organiser leur vie par elles-mêmes, ainsi que les personnes publiques peuvent l'organiser pas pour eux-mêmes, mais pour les autres?" [The Anarchist Reader, p. 306]

Tolstoï a exhorté à l'action non-violente contre l'oppression, de voir une transformation spirituelle des individus comme la clé de la création d'une société anarchiste. Comme le fait valoir Max Nettlau, la «grande vérité soulignée par Tolstoï est que la reconnaissance de la puissance du bien, de la bonté, de la solidarité - et de tout ce qui est appelé l'amour - se trouve en nous-mêmes, et qu'il peut et doit être réveillé, développé et exercé dans notre propre comportement "." [Une brève histoire de l'anarchisme, pp. 251-2]

Comme tous les anarchistes, Tolstoï était critique de la propriété privée et du capitalisme. Comme Henry George (dont les idées, comme celles de Proudhon, a eu un fort impact sur lui), il oppose la propriété privée de la terre, en faisant valoir que "si ce n'était pour la défense de la propriété foncière, et son augmentation conséquente des prix, les gens ne seraient pas entassés dans ces espaces étroits, mais seraient dispersés sur la terre libre laquelle il y a encore beaucoup dans le monde. "En outre, "dans cette lutte [pour la propriété foncière] c'est pas ceux qui travaillent sur le terrain, mais toujours ceux qui prennent part à la violence du gouvernement, qui ont l'avantage." [Op. Cit., P. 307] Ainsi Tolstoï a reconnu que les droits de propriété dans quoi que ce soit au-delà de l'usage exigent la violence d'Etat pour les protéger (la possession est "toujours protégé par la coutume, l'opinion publique, par des sentiments de justice et de réciprocité, et ils ne doivent être protégés par la violence." [ibid.]). En effet, il soutient que:

"Des dizaines de milliers d'acres de terres forestières appartenant à un propriétaire - tandis que des milliers de personnes à proximité ont pas de carburant -- ont besoin de protection par la violence. Donc, aussi, faire des fabriques et des usines où plusieurs générations d'ouvriers ont été fraudé et sont toujours fraudés. Pourtant, en plus de faire des centaines de milliers de boisseaux de grain, appartenant à un même propriétaire, qui les a retenus de vendre à un prix triple en temps de famine ". [Ibid.]

Tolstoï affirmait que le capitalisme a ruiné moralement et physiquement les individus et que les capitalistes étaient des «négriers». Il estimait qu'il était impossible pour un vrai chrétien d'être un capitaliste, pour un «fabricant est un homme dont le revenu se compose de la valeur évincé des travailleurs, et dont l'occupation entière est basée sur le travail forcé, le travail contre nature» et, par conséquent, "il doit d'abord renoncer à ruiner des vies humaines pour son propre profit ". [Le Royaume de Dieu est en vous, p. 338, p. 339] Sans surprise, Tolstoï a fait valoir que les coopératives étaient la "seule activité sociale qui a une morale, qui respecte la personne qui ne veut pas être une partie de la violence peut y prendre part." [cité par Peter Marshall, Op. Cit., P. 378]

De son opposition à la violence, Tolstoï rejette à la fois l'État et la propriété privée et a exhorté les tactiques pacifistes contre la violence au sein de la société et pour créer une société juste. Dans les mots de Nettlau, il "a affirmé la résistance au mal; et à l'un des moyens de résistance - par force active - il en a ajouté une autre façon: la résistance par la désobéissance, la force passive...." [Op. Cit., P. 251] Dans ses idées d'une société libre, Tolstoï a été clairement influencée par la vie russe rurale et les œuvres de Pierre Kropotkine (tels que champs, usines et ateliers), de PJ Proudhon et par le non-anarchiste Henry George.

Les idées de Tolstoï ont eu une forte influence sur Gandhi, qui a inspiré ses compatriotes à utiliser la résistance non-violente pour dégager l'Angleterre hors de l'Inde. De plus, la vision de Gandhi d'une Inde libre comme une fédération de communes paysannes est similaire à la vision anarchiste de Tolstoï d'une société libre (même si nous devons souligner que Gandhi n'était pas un anarchiste). Le Catholic Worker Group aux États-Unis a également été fortement influencé par Tolstoï (et Proudhon), comme cela l'a été avec Dorothy Day un fervent pacifiste chrétien et anarchiste qui a fondé le journal du Catholic Worker Group en 1933. L'influence de Tolstoï et de l'anarchisme religieux en général peuvent également être trouvé dans les mouvements de théologie de la libération en Amérique latine et du Sud, qui combinent les idées chrétiennes avec l'activisme social au sein de la classe ouvrière et de la paysannerie (bien que nous devrions noter que la théologie de la libération est plus généralement inspiré par les idées socialistes de l'Etat plutôt que des anarchistes).

Dans les pays où les églises détiennent de facto le pouvoir politique, comme en Irlande, dans certaines parties de l'Amérique du Sud, au XIXe et au début du XXe siècle en Espagne et ainsi de suite, typiquement les anarchistes sont fortement anti-religieux parce que l'Eglise a le pouvoir de réprimer la dissidence et de la lutte de classe. Ainsi, alors que la plupart des anarchistes sont athées (et donc d'accord avec Bakounine que si Dieu existait, il serait nécessaire, pour la liberté et la dignité humaine, de l'abolir) il y a une tradition minoritaire au sein de l'anarchisme qui tire des conclusions anarchistes de la religion. En outre, la plupart des anarchistes sociaux considèrent que le pacifisme Tolstoyien est dogmatique et extrême, voyant la nécessité (parfois) à la violence pour résister à de plus grands maux. Cependant, la plupart des anarchistes seraient d'accord avec les Tolstoyiens sur la nécessité d'une transformation individuelle de valeurs comme un aspect essentiel de la création d'une société anarchiste et sur l'importance de la non-violence comme une tactique générale (bien que, nous devons souligner que quelques anarchistes rejettent totalement l'utilisation de la violence en légitime défense, malgré qu'aucune autre option est disponible).

A.3.8 Qu'est-ce que "l'anarchisme sans adjectif"?

Selon les mots de l'historien George Richard Esenwein, "l'anarchisme sans adjectifs» dans son sens le plus large "fait référence à une forme sans trait d'union de l'anarchisme, qui est, une doctrine sans étiquettes de qualification tels que communiste, collectiviste, mutualiste ou individualiste. Pour d'autres, ... [il] a été comprise simplement comme une attitude qui tolérait la coexistence de différentes écoles anarchistes ". [Idéologie anarchiste et la classe Mouvement de travail en Espagne, 1868-1898, p. 135]

le créateur de l'expression Fernando del Marmol Tarrida est né à Cuba, il l'a utilisé en Novembre 1889, à Barcelone. Il a dirigé ses commentaires vers les anarchistes communistes et collectivistes en Espagne qui, au moment éprouvaient un intense débat sur les mérites de leurs deux théories. "Anarchisme sans adjectifs» était une tentative de montrer une plus grande tolérance entre les tendances anarchistes et d'être clair que les anarchistes ne devraient pas imposer un plan économique préconçue à personne - même en théorie. Ainsi, les préférences économiques des anarchistes devraient être «d'importance secondaire» que d'abolir le capitalisme et l'État, avec la libre expérimentation d'une règle d'une société libre.

Ainsi, la perspective théorique connue sous le nom "anarquismo sin adjetives" ("anarchisme sans adjectifs») était l'un des sous-produits d'un intense débat au sein du mouvement lui-même. Les racines de l'argument peuvent être trouvés dans le développement de L'anarchisme communiste après la mort de Bakounine en 1876. Bien que pas tout à fait différent de L'anarchisme collectiviste (comme on peut le voir à partir de l'oeuvre célèbre de James Guillaume "sur le renforcement du Nouvel Ordre social» au sein de Bakounine sur l'anarchisme, les collectivistes ont fait voir leur système économique en évolution dans le communisme libre), les anarchistes communistes ont développés, approfondis et enrichis le travail de Bakounine comme Bakounine avait développé, approfondi et enrichi celui de Proudhon. L'anarchisme communiste a été associée à des anarchistes comme Elisée Reclus, Carlo Cafiero, Errico Malatesta et (le plus célèbre) Pierre Kropotkine.

Rapidement les idées communistes-anarchistes ont remplacés l'anarchisme collectiviste comme la principale tendance anarchiste en Europe, sauf en Espagne. Ici, le problème majeur était pas la question du communisme (bien que pour Ricardo Mella celle ci joua un rôle), mais une question de la modification de la stratégie et les tactiques sous-entendus par l'anarchisme communiste. A cette époque (les années 1880), les anarchistes communistes insistaient sur les groupes locaux (purs) de militants anarchistes, généralement opposée au syndicalisme (bien que Kropotkine était pas un de ceux-ci comme il a vu l'importance des militants des organisations de travailleurs) ainsi que d'être un peu anti-organisation. Sans surprise, un tel changement dans la stratégie et la tactique est venu pour beaucoup de discussions des collectivistes espagnols qui soutenaient fortement l'organisation et de la lutte de la classe ouvrière.

Ce conflit se répandit bientôt hors de l'Espagne et la discussion a trouvé sa place dans les pages de La Revolte à Paris. Cela a provoqué l'accord de beaucoup d'anarchistes avec l'argument de Malatesta que «[il] est pas bon pour nous, pour dire le moins, de tomber dans la guerre sur de simples hypothèses." [cité par Max Nettlau, Une brève histoire de l'anarchisme, pp. 198-9] Au fil du temps, la plupart des anarchistes ont convenu (pour reprendre les termes de Nettlau) que «nous ne pouvons pas prévoir le développement économique de l'avenir" [Op. Cit., P. 201] et ainsi le débat a évolué sur ce qu'ils avaient en commun (l'opposition au capitalisme et l'Etat) plutôt que les différentes visions de la façon dont une société libre fonctionnerait. Au fil du temps, la plupart des communistes-anarchistes vu qu'ignorant le mouvement syndical en sorte que leurs idées ne sont pas parvenus jusqu'à la classe ouvrière tandis que la plupart des collectivistes-anarchistes ont souligné leur engagement aux idéaux communistes et leur arrivée plus tôt, plutôt que plus tard, après une révolution.

De même, aux États-Unis il y avait aussi un débat intense en même temps entre communistes et anarchistes individualistes. Benjamin Tucker soutenait que les communistes-anarchistes n'étaient pas des anarchistes, tandis que John Most disait des choses similaires sur les idées de Tucker. Tout comme les gens comme Mella et Tarrida qui mirent en avant l'idée de la tolérance entre les groupes anarchistes, des anarchistes comme Voltairine de Cleyre "est venu à se qualifier simplement « anarchiste », et a appelé comme Malatesta pour un 'anarchisme sans adjectifs,« depuis en l'absence de gouvernement de nombreuses expériences différentes seraient probablement essayé dans diverses localités afin de déterminer la forme la plus appropriée ". [Peter Marshall, exiger l'impossible, p. 393]

Ces débats ont eu un impact durable sur le mouvement anarchiste, avec les anarchistes connus comme de Cleyre, Malatesta, Nettlau et Reclus adoptant le point de vue tolérant incarné dans l'expression «anarchisme sans adjectifs» (voir Une brève histoire de Nettlau de l'anarchisme, pages 195 à 201 pour un excellent résumé de ceci). C'est également, nous ajoutons, la position dominante au sein du mouvement anarchiste aujourd'hui pour la plupart des anarchistes en reconnaissant le droit des autres tendances au nom «anarchiste», tandis que, de toute évidence, avoir leurs propres préférences pour des types spécifiques de la théorie anarchiste et de leurs propres arguments pourquoi les autres types sont imparfaits. Cependant, nous devons souligner que les différentes formes de l'anarchisme (communisme, syndicalisme, religieux, etc ) ne sont pas mutuellement exclusifs et ne pas avoir à soutenir l'un et haïr les autres. Cette tolérance se traduit par l'expression «anarchisme sans adjectifs."

Un dernier point, certains "anarcho"-capitalistes ont essayé d'utiliser la tolérance associée à l'"anarchisme sans adjectifs" pour faire valoir que leur idéologie devrait être acceptée comme faisant partie du mouvement anarchiste. Après tout, disent-ils, l'anarchisme est juste de se débarrasser de l'Etat, l'économie est d'une importance secondaire. Cependant, une telle utilisation de l'"anarchisme sans adjectifs" est faux car il était communément admis à l'époque que les types d'économie qui ont été discutés étaient anti-capitaliste (c-à-d socialiste). En d'autres termes, il a été convenu que le capitalisme devait être aboli avec l'Etat et une fois que ce fut le cas l'expérimentation libre serait développé. En d'autres termes, la lutte contre l'Etat était juste une partie d'une lutte plus large pour mettre fin à l'oppression et de l'exploitation et ne peut pas être isolé de ces objectifs plus larges. Comme les "anarcho" -capitalistes ne cherchent pas l'abolition du capitalisme avec l'état, ce ne sont pas des anarchistes et ainsi "l'anarchisme sans adjectifs" ne vaut pas pour les soi-disant capitalistes "anarchistes" (voir la section F sur les raisons que l '"anarcho"-capitalisme n'est pas anarchiste).

A.3.9 Qu'est ce que l'anarcho-primitivisme ?

Tel que discuté dans la section A.3.3, la plupart des anarchistes seraient d'accord avec le situationniste Ken Knabb qui fait valoir que "dans un monde libéré, des ordinateurs et d'autres technologies modernes pourraient être utilisées pour éliminer les tâches dangereuses ou ennuyeuses, libérant ainsi tout le monde pour pouvoir se concentrer sur des activités plus intéressantes." Evidemment "certaines technologies - l'exemple le plus évident est l'énergie nucléaire - sont effectivement si incroyablement dangereuses qu'elles seront sans doute mises à terme rapidement. Nombreuses autres industries qui produisent des produits absurdes, obsolètes ou superflus, bien sûr le seront également, ou cesseront automatiquement avec la disparition de leurs justifications commerciales. Mais de nombreuses technologies..., qui peuvent actuellement être mal utilisés, ont peu ou pas d'inconvénients inhérents. C'est simplement une question d'utilisation plus judicieuse, en les plaçant sous contrôle populaire, l'introduction de quelques améliorations écologiques, et de les remanier à des fins humaines plutôt que capitalistes." [Public Secrets, p. 79 et p. 80] Ainsi la plupart des éco-anarchistes voient l'utilisation de technologies appropriées en tant que moyen de créer une société qui vit en équilibre avec la nature.

Toutefois, une (très) petite mais bruyante minorité d'auto-proclamés anarchistes verts sont en désaccord avec cela. Des écrivains comme John Zerzan, John Moore et David Watson ont exposé une vision de l'anarchisme qui, disent-ils, vise à critiquer toute forme de pouvoir et d'oppression. Ceci est souvent appelé "l'anarcho-primitivisme", qui, selon Moore, est tout simplement, "un terme raccourci pour un courant radical qui critique la totalité de la civilisation dans une perspective anarchiste, et cherche à initier une transformation complète de la vie humaine." [Primitivist Primer]

Comme ce courant s'est exprimé diversement, avec les éléments les plus extrémistes cherchant la fin de toutes les formes de technologie, de division du travail, de domestication, de «Progrès», d'industrialisation, ce qu'ils appellent «la société de masse» et, pour certains, même la culture symbolique (les Nombres, la langue, le temps et l'art). Ils ont tendance à appeler tout système qui inclut les fonctions de «civilisation» et, par conséquent, l'objectif est "la destruction de la civilisation". Jusqu'où ils veulent aller est un point discutable. Certains voient le niveau technologique qui existait avant la révolution industrielle comme acceptable, de nombreux vont plus loin et rejetent l'agriculture et toutes les formes de la technologie au-delà de la plus élémentaire. Pour eux, un retour à l'état sauvage, à un mode de chasseurs-cueilleurs de la vie, est la seule façon pour que l'anarchie existe et ils rejetent du revers de la main l'idée que la technologie appropriée puisse être utilisé pour créer une société anarchiste basé sur la production industrielle qui minimise son impact sur les écosystèmes.

Ainsi, nous trouvons le magazine primitiviste "Green Anarchy" qui fait valoir que ceux qui, comme eux-mêmes, "privilégient les valeurs de l'autonomie personnelle ou de l'existence sauvage ont raison de s'opposer et de rejeter toutes les organisations et sociétés de grande envergure au motif qu'elles nécessitent l'impérialisme, l'esclavage et la hiérarchie, quelle que soit l'usage auquel ils peuvent être conçus.". Ils s'opposent au capitalisme qui est la "manifestation dominante actuelle de la civilisation". Toutefois, ils soulignent que c'est la «Civilisation, pas le capitalisme en soi, qui a été la genèse de l'autoritarisme systémique, la servitude obligatoire et l'isolement social. Ainsi, une attaque contre le capitalisme qui ne parvient pas à cibler la civilisation ne peut jamais abolir la contrainte institutionnalisée qui alimente la société. Tenter de collectiviser l'industrie dans le but de la démocratiser est ne pas reconnaître que toutes les organisations de grande envergure adoptent une orientation et une forme qui est indépendante des intentions de ses membres". Ainsi, affirment-ils, les anarchistes véritables doivent s'opposer à l'industrie et à la technologie du fait que les «institutions hierarchiques, l'expansion territoriale, et la mécanisation de la vie sont tous nécessaires pour l'administration et le processus de production de masse pour se reproduire." Pour les primitivistes, «seuls les petites communautés d'individus autonomes peuvent coexister avec d'autres êtres, humains ou non, sans imposer leur autorité sur eux.". Ces communautés se partagent des traits essentiels avec les sociétés tribales, «pour plus de 99% de l'histoire humaine, les êtres humains vivaient dans de petites et égalitaire familles élargies, tout en tirant leur subsistance directement de la terre." [Contre la société de masse]

Bien que ces communautés tribales, qui vivaient en harmonie avec la nature et avaient peu ou pas de hiérarchie, sont considérées comme source d'inspiration, regardez les primitivistes (pour utiliser le titre d'un livre de John Zerzan) regardent dérriére pour voir le "Future Primitif". Comme John Moore le dit, «l'avenir envisagé par l'anarcho-primitivisme... Est sans précédent. Bien que les cultures primitives fournissent des indications sur le futur, et que l'avenir pourrait bien incorporer des éléments provenant de ces cultures, un monde anarcho-primitiviste serait probablement tout à fait différent des formes antérieures de l'anarchie". [Op. Cit.]

Pour le primitiviste, d'autres formes d'anarchisme sont tout simplement une aliénation auto-géré avec essentiellement le même système de base que nous supportons actuellement, moins ses pires excès. D'où le commentaire de John Moore selon lequel "l'anarchisme classique" veut "prendre sur la civilisation, la reprise de ses structures dans une certaine mesure, et de retirer ses pires abus et oppressions. Cependant, 99% de la vie dans la civilisation reste inchangée dans leur scénarios pour l'avenir, précisément parce que les aspects de la civilisation qu'ils questionnent sont minimes... les modes de vie globale ne seraient pas trop changés". Ainsi, «du point de vue de l'anarcho-primitivisme, toutes les autres formes de radicalisme apparaissent comme des réformistes, qu'ils soient ou non considérés comme révolutionnaire". [Op. Cit.]

En réponse, les «anarchistes classiques» soulignent trois choses. Tout d'abord, affirmer que les "abus et les pires oppressions" comptent pour 1% de la société capitaliste est tout simplement ridicule et, en outre, qu'un apologiste de ce système serait heureux et d'accord avec eux. Deuxièmement, il est évident à la lecture de tout texte "classique" anarchiste que les affirmations de Moore sont des absurdités. l'anarchisme "Classique" a pour but de transformer radicalement la société de haut en bas, et non bricoler avec des aspects mineurs de celui-ci. Les primitivistes pensent-ils vraiment que les gens qui se sont efforcés d'abolir le capitalisme aurait simplement continués à faire 99% des mêmes choses qu'avant ? Bien sûr que non. En d'autres termes, il ne suffit pas de se débarrasser de son patron, bien que ce soit une première étape nécessaire ! Troisièmement, et surtout, l'argument de Moore assure que sa vision d'une bonne société ne pourrait jamais être atteinte sans le génocide d'une ampleur inimaginable.

Donc, comme on le voit, le primitivisme a peu ou pas d'influence sur le mouvement anarchiste traditionnel et ses idées. Les visions des deux sont tout simplement incompatibles dans les idées ; ce dernier a rejeté comme autoritaire les premiers. Sans surprise, les idées du primitivisme et des anarchistes sont difficiles à concilier. De même on pouvait s'y attendre, les autres anarchistes posent la question de savoir si le primitivisme est pratique à court terme, et si c'est même souhaitable à long terme. Alors que les partisans du primitivisme tiennent à le présenter comme la forme la plus avancée et radicale de l'anarchisme, d'autres anarchistes sont moins convaincus. Ils le considèrent comme une idéologie confuse qui tire ses adeptes dans des positions absurdes et, de surcroît, est tout à fait irréaliste. Ils seraient d'accord avec les commentaires de Ken Knabb comme quoi le primitivisme est enracinée dans des "fantasmes [qui] contiennent tellement d'auto-contradictions évidentes qu'il est à peine nécessaire de les critiquer en détail. Ils ont une pertinence discutable sur les véritables sociétés du passé et pratiquement aucune capacité à présenter des possibilités. Même en supposant que la vie était meilleure dans une autre époque précédente, nous savons d'abord où nous sommes maintenant. La technologie moderne est tellement liée à tous les aspects de notre vie qu'elle ne pourrait pas être interrompue brutalement sans provoquer un chaos mondial qui éliminerait des milliards de personnes." [Op. Cit., P. 79]

La raison en est simplement que nous vivons dans un système hautement industrialisé et interconnecté dans lequel la plupart des gens n'ont pas les compétences nécessaires pour vivre dans une société de chasseur-ceuilleur ou même agricole. En outre, il est extrêmement douteux que six milliards de personnes puissent survivre en tant que chasseurs-cueilleurs, même s'ils avaient les compétences nécessaires. Comme Brian Morris le note, «l'avenir qu'on nous dit « primitif ». Comment cela doit être réalisé dans un monde qui soutient actuellement près de six milliards de personnes (des preuves suggère que le mode de vie des chasseurs-ceuilleurs est seulement en mesure d'appuyer 1 ou 2 personnes par mile carré)". Les primitivistes comme Zerzan ne nous le disent pas. [«L'anthropologie et l'anarchisme", pp 35-41, Anarchy: A Journal of Desire armées, no. 45, p. 38] La plupart des anarchistes, par conséquent, sont d'accord avec l'avis de Chomsky: «Je ne pense pas qu'ils se rendent compte que ce qu'ils appellent, c'est le génocide en masse de millions de personnes en raison de la façon dont la société est désormais structurée et organisée... Si vous éliminez ces structures tout le monde meurt... Et, à moins que l'on pense à travers ces faits, ce n'est pas vraiment sérieux." Chomsky [sur l'anarchisme, p. 226]

Cela signifie que toute rebellion "primitiviste" a deux options. Soit il produit une transformation quasi instantanée vers un système primitiviste et, en conséquence, tue des milliards de personnes par la faim ainsi que, occasionnant une importante destruction de l'environnement ou il s'agira d'une longue période de transition au cours de laquelle la «civilisation» et son héritage industriel seront mis hors service en toute sécurité, les niveaux de population baisseront naturellement à un niveau approprié et les gens retrouveront les compétences nécessaires pour leur nouvelle existence.

Malheureusement l'option un, à savoir une transformation presque instantanée, est ce qui a l'air d'être prévu par la plupart des auteurs primitivistes. Moore, par exemple, parle de "quand la civilisation s'effondre" ("par sa propre volition, par nos efforts, ou une combinaison des deux"). Cela implique un processus extrêmement rapide, sur lequel de purs mortels ont pas leur mot à dire ni contrôle. C'est confirmé quand il parle du besoin pour les "alternatives positives" d'être construite maintenant lorsque "la perturbation sociale provoquée par l'effondrement pourrait facilement créer l'insécurité psychologique et le vide social dans lequel le fascisme et d'autres dictatures totalitaires pourraient prospérer." [Op. Cit.] une révolution basée sur "l'effondrement", "l'insécurité" et "la perturbation sociale" n'a pas l'air d'une recette pour une révolution sociale réussie basée sur la participation des masses et l'expérimentation sociale.

Aussi, il y a les dogmes antiorganisation exposés par le primitivisme. Moore est typique à ce niveau là, en affirmant que les "organisations sont, pour les anarcho-primitivistes, juste des taxations, des gangs pour mettre une idéologie particulière au pouvoir" et il réitère ce point en disant que les primitivistes représentent "l'abolition de toutes les relations de pouvoir, en incluant l'État... et n'importe quelle sorte de parti ou d'organisation." [Op. Cit.]. Pourtant sans organisation, aucune société moderne ne pourrait fonctionner. Il y aurait un effondrement total et immédiat qui verrait pas seulement la famine de masse, mais aussi la destruction écologique du fait de la fusion du cœur d'un réacteur de centrales nucléaires, des déchets industriels suintant dans l'environnement alentours, la décadence des villes et des cités et les hordes de gens affamés luttant pour des légumes, des fruits et des animaux qu'ils pourraient trouver dans la campagne. Clairement un dogme antiorganisation peut seulement être réconcilié avec l'idée d'un "effondrement" proche et instantané de la civilisation, et non avec un progrès régulier menant vers un but à long terme. Tout également, combien d'"alternatives positives" pourraient exister sans organisation ?

Face aux horreurs qu'un tel "effondrement" impliquerait, ces primitivistes ont bien réfléchi à cela et ont finit par accepter le besoin d'une période de transition. John Zerzan, par exemple, soutient qu'il "semble évident que les industries et les usines ne pourraient pas être éliminées immédiatement, mais il est clair également que leur élimination doit être poursuivie avec toute la vigueur suite à la rupture." Même l'existence des villes est acceptée, puisque "la culture dans les villes est un autre aspect de transition pratique." [On the Transition: Postscript to Future Primitive]

Pourtant, accepter la nécessité d'une période de transition fait plus qu'exposer les contradictions au sein duprimitivisme. Zerzan note que "les moyens de reproduction prévalant sur le Navire Mortel (par ex. sa technologie) ne peut pas être utilisé pour façonner un monde libéré." Il pondére : "que garderions-nous ? 'au travail, sauver les appareils/outils ?' À moins qu'ils n'impliquent une division du travail (par ex. un levier ou une pente), ce concept est une fiction; derrière 'l'économie' est caché la grosse besogne coagulée de tous et le pillage du monde naturel." Le comment est-ce compatible avec le maintien de l'"industrialisation et des usines" pendant une période (non-indiquée) est peu clair. De même il soutient qu'à l'"intérieur de la coercition au travail - et quoi actuellement pourrait continuer sans précisément cette coercition ? - une existence sans contraintes est un objectif immédiat, central." [Op. Cit.] Comment est-ce compatible avec la querelle, comme quoi l' industrie serait maintenue pour peu de temps, est laissé sans réponses. Et si "le travail" continue, comment est-ce compatible avec le refus des primitivistes vis à vis de l'anarchisme "traditionnel", à savoir que cette autogestion mène à votre propre aliénation et que personne ne voudra travailler dans une usine ou dans une mine et, donc que la coercition devra être utilisée pour leur faire faire ça ? Le travail dans une usine devient d'une manière ou d'une autre moins aliénante et autoritaire pendant une transition primitiviste ? Et comment ce travail sera-t-il fait d'une manière libertaire sans que ce ne soit par l'autogestion ?

C'est un fait évident que la taille de la population humaine ne peut pas être réduite de façon significative par des moyens volontaires sur une période courte. Pour le primitivisme, pour être réalisable, les niveaux démographiques mondiaux doivent tomber de quelque chose comme 90 % puisque c'est impossible pour 6 milliards de personnes de mener une vie de chasseur-ceuilleur (comme Zerzan l'énonce, "l'Agriculture elle-même doit être surmontée" [Op. Cit.]). Cela signifie que l'agriculture et la plupart des industries devront continuer durant quelque temps. De la même façon avec de grandes villes et villages comme un exode immédiat et général des villes serait impossible. Cela implique qu'une réduction drastique de la population prendra des décades, si ce n'est pas des siècles, pour s'accomplir volontairement. Étant donné qu'il est improbable que (presque) chacun sur la planète décide de ne pas avoir d'enfants, cette fois l'échelle sera au mieux des siècles. D'ailleurs, les contraceptifs sûrs sont un produit de la technologie moderne et, par conséquent, leurs moyens de production devraient être maintenu pendant ce temps - à moins que les primitivistes soutiennent qu'avec le fait de refuser d'avoir des enfants, les gens refuseront aussi d'avoir des rapports sexuels.

Alors il y a le fardeau de la société industrielle, qui ne peut pas être simplement ignoré pour périr tout seul. Pour prendre juste un exemple évident, sortir de l'énergie nucléaire en laissant fondre la centrale serait peu eco-sympathique. De plus, il est douteux que l'élite dirigeante abandonne juste son pouvoir sans résistance et, par conséquent, n'importe quelle révolution sociale aurait besoin de se défendre contre les tentatives de réintroduire la hiérarchie. Inutile de dire, qu'une révolution qui a fui toute organisation et industrie comme naturellement autoritaire ne serait pas en mesure de le faire (il aurait été impossible de produire le nécessaire militaire pour fournir les moyens à la lutte contre les forces fascistes de Franco pendant la Révolution espagnole si les ouvriers n'avaient pas convertis et utilisés leurs lieux de travail pour faire ça, pour exposer un autre exemple évident).

Alors il y a une autre, contradiction, clé. Car si vous admettez qu'il y a un besoin pour une transition 'd'ici' à 'là' alors le primitivisme s'exclut automatiquement de la tradition anarchiste. La raison en est simple. Moore affirme que "la société de masse" implique "le travail de gens, vivant dans un environnement artificiel, technologisé et asservis aux formes de coercition et de contrôle." [Op. Cit.] Ainsi si ce que les primitivistes argumentent sur la technologie, l'industrie et la société de masse sont tous vrais, alors n'importe quelle transition primitiviste ne serait pas, par définition, libertaire. C'est parce que "la société de masse" devra rester pour quelque temps (au moins des décades, des siècles plus probablement) après une révolution réussie et, par conséquent d'une perspective primitiviste, être fondée sur des "formes de coercition et de contrôle." Il y a une idéologie qui proclame le besoin d'un système transitionnel qui serait fondé sur la coercition, le contrôle et la hiérarchie qui disparaîtrait, en son temps, dans une société sans Etat. Cette idéologie aussi, comme le primitivisme, souligne que l'industrie et l'organisation à grande échelle est impossible sans hiérarchie et autorité. Cette idéologie est le Marxisme. Ainsi cela semble ironique aux anarchistes "classiques" d'entendre des auto-proclamés anarchistes répétant des arguments d'Engels contre Bakounine comme des arguments pour "l'anarchie" (voir la section H.4 pour une discussion d'Engels proclamant que l'industrie exclut l'autonomie).

Ainsi si, comme il semble probable, une transition prendra des siècles pour s'accomplir alors la critique primivitiste de l'anarchisme "traditionnel" devient un peu plus qu'une plaisanterie - et un obstacle pour la pratique anarchiste sensé et pour un changement social. ça montre la contradiction existante au coeur du primitivisme. Pendant que ses avocats attaquent d'autres anarchistes soutenant la technologie, l'organisation, l'autogestion au travail, l'industrialisation et cetera, ils sont dépendant des choses auxquelles ils s'opposent comme faisant partie de n'importe quelle transition humaine vers une société primitiviste. Et étant donné la passion avec laquelle ils attaquent d'autres anarchistes sur ces questions, non étonnamment la notion entière de période de transition primitiviste semble impossible à d'autres anarchistes. Pour dénoncer la technologie et l'industrie comme naturellement autoritaire et se retournent ensuite invoquant que leur utilisation après une révolution n'a simplement plus de sens dans une perspective logique ou libertaire.

Ainsi le problème clé avec le primitivisme peut être vu clairement. Il n'offre aucuns moyens pratiques pour accomplir ses buts d'une manière libertaire. Comme Knabb le résume, "ce qui commence comme une interrogation valide sur la foi excessive en la science et la technologie se finit comme une foi désespérée et même moins justifiée dans un retour à un paradis primordial, accompagné par un échec de retenir le présent système pour chacun, mais une voie abstraite, apocalyptique." Pour l'éviter, il est nécessaire de tenir compte où nous sommes maintenant et, par conséquent, nous devrons "sérieusement réfléchir comment nous nous occuperons de tous les problèmes pratiques qui seront posés entre-temps." [Knabb, Op. Cit., p. 80 et p. 79] Malheureusement l'idéologie primitiviste exclut cette possibilité en écartant le point de départ dont n'importe quelle révolution réelle commencerait comme étant naturellement autoritaire. Puisque n'importe quelle période de transition vers le primitivisme impliquerait le travail de gens et la vie dans la "société de masse," il se condamne comme complètement irréaliste.

Étant donné qu'une société hiérarchique abusera de beaucoup de technologies, il est compréhensible que certaines personnes peuvent en arriver à voir "la technologie" comme le problème principal et cherchent sa fin. Pourtant, ceux-là qui parlent de l'abolition simple de toutes les formes d'injustice et d'oppression du jour au lendemain sans discuter comment ce sera accompli peuvent sembler extrêmement radicaux, mais, en réalité, ils ne le sont pas. En fait ils font bloc au vrai changement social en garantissant qu'aucun mouvement de masse ne puisse jamais être assez révolutionnaire pour satisfaire leur critique et, à ce titre, il n'y a aucune raison à leurs essais. Comme Ken Knabb s'est exprimé :

"Ceux-là qui proclament fièrement leur 'opposition totale' à tout compromis, toute autorité, toute organisation, toute théorie, toute technologie, etc., se révèlent d'habitude n'avoir aucune perspective révolutionnaire du tout - aucune conception pratique de comment le présent système pourrait être renversé ou comment une société post-révolutionnaire pourrait fonctionner. Certains essaient même de justifier ce manque en déclarant qu'une pure révolution ne pouvait jamais être assez radicale pour satisfaire leur fait d'être des rebelles ontologique éternel. Une telle boursouflure "tout ou rien" peut temporairement impressionner quelques spectateurs, mais son effet ultime doit simplement en faire des gens blasés" [Op. Cit., pp. 31-32]

Alors il y a la question des moyens suggérés pour accomplir le primitivisme. Moore soutient que le "type de monde envisagé par l'anarcho-primitivisme est sans précédent dans l'expérience humaine du point de vue du degré et des types de liberté qui sont attendus ... ainsi il ne peut pas y avoir de limites sur les formes de résistance et d'insurrection qui pourraient se développer." [Op. Cit.] Les Non-primitivistes répondent en disant que cela implique que les primitivistes ne savent pas ce qu'ils veulent, ni comment pour en arriver là. Tout aussi, ils soulignent qu'il doit y avoir des limites sur ce qui est considéré comme forme acceptable de résistance. C'est parce que les moyens forment les fins créées et donc des moyens autoritaires s'ensuivront des fins autoritaires. La tactique n'est pas neutre et le soutien en faveur de certaines tactiques peut suggérer une perspective autoritaire.

Cela peut être vu à partir du magazine britannique "Green Anarchist," qui fait parti des extrêmes du "Primitivisme" et qui s'est exprimé en faveur d'un retour aux formes "de Chasseur-ceuilleur" de la société humaine, en s'opposant à la technologie comme étant hiérarchique dans sa nature même. En raison du fait du manque d'attrait inhérent pour de telles idées "primitivistes" pour la plupart des personnes, il ne pouvait jamais arriver par des moyens libertaires (c'est-à-dire par le choix libre d'individus qui le créent par leurs propres actes) et ne peut pas être anarchiste puisque très peu de personnes étreindraient vraiment volontairement une telle situation. Cela a mené "Green Anarchist" de développer une forme d'eco-vanguardisme [ndt : avant-gardisme écologiste] pour, utiliser l'expression de Rousseau, "forcer les gens à être libre." Ceci a atteint sa conclusion logique quand le magazine a soutenu les actions et les idées d'Unabomber (non-anarchiste) et a publié un article ("The Irrationalists") d'un des deux rédacteurs en chef déclarant que "les bombeurs d'Oklahoma avaient l'idée juste. La pitié consistait en ce qu'ils n'ont pas fait sauter plus de bureaux gouvernementaux... Le culte de zarin de Tokyo avait l'idée juste. La pitié consistait en ce que dans la mise à l'essai du gaz une année avant l'attaque ils se sont découverts."[Green Anarchist, No. 51, p. 11] une défense de ces propos a été publiée dans l'édition suivante et un échange ultérieur de lettres dans le magazine Anarchy: A Journal of Desire Armed basé aux Etats-Unis (numéro 48 à 52) a vu l'autre rédacteur en chef de "Green Anarchist" (en ce temps) justifier ce non-sens malade et autoritaire comme simplement des exemples "de résistance non négociée" accompli "dans les conditions de répression extrême." Quoi qu'il en soit s'est-il trouvé au principe anarchiste que les moyens forment les fins ? Cela signifie qu'il y a "des limites" sur les tactiques, car certaines tactique ne sont pas et ne pourront jamais être libertaire.

Pourtant, peu d'eco-anarchistes prennent une telle position extrême. La plupart des anarchistes "primitivistes" plutôt qu'être antitechnologie et anticivilisation comme tel (pour utiliser l'expression de David Watson) croient que c'est une manière pour l'"affirmation du mode de vie aborigène" et prennent une approche bien plus critique au sujet de la technologie, de la rationalité et du progrès, que cela est associé à l'Écologie Sociale. Ces eco-anarchistes rejettent le "primitivisme doctrinal qui réclame que nous puissions revenir d'une façon linéaire à nos racines primitives" autant comme idée "de progrès", en "remplaçant autant les idées et traditions culturelle que Contre-culturelle". Pour ces eco-anarchistes, le Primitivisme "reflète pas seulement un apreçu de la vie avant l'avénement de l'Etat, mais aussi une réponse légitime aux conditions réelles de vie sous la civilisation" et donc que nous devrions respecter et apprendre "des traditions de bon sens du paleolithique et du néolithique" (comme ceux qui ont fréquentés des tribus américaines Natales et d'autres chez les aborigènes). Alors que nous "ne pouvons pas et ne voudrions pas abandonner des modes séculaires de réflexion et du fait de connaître le monde... nous ne pouvons pas réduire l'expérience de la vie et des questions fondamentales, inéluctables sur pourquoi nous vivons et comment nous vivons, dans des termes séculaires... De plus, la limite entre le spirituel et le séculaire n'est pas si clair. Une compréhension dialectique que nous sommes notre histoire affirmerait une raison inspirée qui honore pas seulement les révolutionnaires espagnols athées qui sont morts pour el ideal, mais les pacifistes religieux prisonniers de conscience, les danseurs fantomes de Lakota, les taoistes, les ermites et les mystiques soufi exécutés." [David Watson, Beyond Bookchin: Preface for a future social ecology, p. 240, p. 103, p. 240 and pp. 66-67]

Un tel anarchisme "primitiviste" est associé à une gamme de magazines, surtout basé aux Etats-Unis, comme Fifth Estate. Par exemple, sur la question de la technologie, de tels eco-anarchistes soutiennent que "pendant que le capitalisme de marché était une étincelle qui a mis le feu et reste au centre du complexe, il fait seulement partie de quelque chose de plus grand : l'adaptation forcée de sociétés humaines organiques à une civilisation instrumentale-économique et à ses techniques de masse, qui ne sont pas seulement hiérarchiques et externes, mais de plus en plus 'cellulaires' et intérieures. ça n'a aucun sens de poser des éléments différents de ce processus dans une hiérarchie mécaniste de première cause et d'effets secondaires." [David Watson, Op. Cit., le pp 127-8] Pour cette raison les anarchistes "Primitiviste" sont plus critique sur tous les aspects de la technologie, en incluant les appels par les écologistes sociaux sur l'utilisation indispensable de technologie approprié pour libérer l'humanité et la planète. Comme Watson l'expose :

" Parler de la société technologique c'est en fait faire allusion à la technique produite dans le capitalisme, qui produisent à leur tour de nouvelles formes de capitaux. La notion d'un royaume distinct des relations sociales qui déterminent cette technologie n'est pas seulement ahistorique et non dialectique, ça reflète une sorte de schéma simpliste de base/superstructure." [Op. Cit., p. 124]

Ainsi ce n'est pas un cas de qui utilise la technologie qui détermine ses effets, mais plutôt les effets de la technologie qui sont déterminés largement par la société qui la crée. Autrement dit, la technologie est choisie selon qu'elle tend au respect du pouvoir hiérarchique, comme c'est ceux au pouvoir qui choisissent généralement quelle technologie est présente dans la société (en disant que, les gens opprimés ont cette habitude excellente de tourner la technologie contre les puissants et que le changement technologique et la lutte sociale sont mis en corrélation - voir la section D.10). Ainsi même l'utilisation de la technologie appropriée implique plus que le choix parmi la gamme de technologie disponible à portée de la main, comme ces technologies ont certains effets sans tenir compte de qui les utilise. c'est Plutôt une question d'évaluer d'un œil critique tous les aspects de la technologie et modifier et rejeter comme exigé pour maximiser la liberté individuelle, l' émancipation et le bonheur. Peu d'Écologistes Sociaux seraient en désaccord avec cette approche, cependant et les différences sont d'habitude une question d'accentuation plutôt qu'un point politique profond.

Pourtant, peu d'anarchistes sont convaincus par une idéologie qui, comme le note Brian Morris, écarte les "huit mille ans passé ou plus de l'histoire humaine" si un peu plus qu'une source "de la tyrannie, du contrôle hiérarchique, a mécanisé la routine dépourvue de n'importe quelle spontanéité. Tous ces produits de l'imagination créatrice humaine - l'agriculture, l'art, la philosophie, la technologie, la science, la vie urbaine, la culture symbolique - sont vus négativement par Zerzan - dans un sens monolithique." Pendant qu'il n'y a aucune raison d'adorer le progrès, il y a juste un petit besoin d'écarter tout changement et développement de la main comme oppressif. Les anarchistes ne sont pas non plus convaincus par le "choix sélectif de la littérature anthropologique" de Zerzan.[Morris, Op. Cit., p. 38] la Plupart des anarchistes seraient d'accord avec Murray Bookchin :

"Le mouvement d'écologie ne gagnera jamais de réélle influence ou n'aura d'impact significatif sur la société s'il avance un message de désespoir plutôt qu'un message d'espoir, d'un retour régressif et impossible aux cultures humaines primitives, plutôt qu'un engagement au progrès humain et à une empathie humaine unique pour la vie dans son ensemble... Nous devons récupérer les impulsions utopiques, l'optimisme, l'appréciation de ce qui est bon, ce qui vaut la peine d'être sauvé dans la civilisation yumn (ndt : ?), aussi bien que ce qui doit être rejeté, si le mouvement d'écologie doit jouer un rôle transformationnel et créateur dans les affaires humaines. Car sans société changeante, nous ne changerons pas la direction écologique désastreuse dans laquelle le capitalisme nous méne." [The Ecology of Freedom, p. 63]

En plus, une position "de retour en arrière" est profondément dépassée, car pendant que certaines sociétés aborigènes sont très anarchiques, toutes ne le sont pas. Comme l'anthropologue anarchiste David Graeber le montre, "nous ne connaissons presque rien de pareil dans le Paleolithique, autre que des choses qui peuvent être glanée d'études sur de très vieux crânes... Mais ce que nous voyons dans les dossiers ethnographique plus récents est la variété sans fin. Il y avait des sociétés de chasseur-ceuilleurs avec des nobles et des esclaves, il y avait des sociétés agraires qui étaient franchement égalitaires. Même en... Amazonie, on trouve certains groupes qui peuvent à juste titre être décrits comme anarchiques, comme les Piaroa, vivant à côté d'autres (les dits, belliqueux Sherentre), qui sont clairement tout différents" [Les fragments d'une Anthropologie Anarchiste, le pp 53-4] Même si nous spéculons, comme Zerzan le fait, que si nous retournions assez loin nous trouverions toute l'humanité dans des tribus anarchiques, le fait reste que certaines de ces sociétés se sont vraiment développés de manière Etatiste, propriétariste, impliquant qu'une société anarchiste future qui est essentiellement inspirée par [ndt: cette situation préhistorique idéalisée par zerzan] et qui cherche à reproduire des éléments clé des formes préhistoriques d'anarchie n'est pas la réponse autant que "la civilisation" peut se développer de nouveau en raison des mêmes facteurs sociaux ou environnementaux.

Le Primitivisme confond deux positions radicalement différentes, à savoir un soutien à un retour littéral au mode de vie primitif et l'utilisation d'exemples de la vie primitive comme un instrument pour la critique social. Peu d'anarchistes seraient en désaccord avec la deuxième position comme ils reconnaissent qu'actuellement ce n'est pas mieux et, par conséquent, que les cultures passées et les sociétés peuvent avoir des aspects positif (aussi bien que négatif) à eux qui peuvent mettre en lumière sur ce qu'une société véritablement humaine peut ressembler. De la même façon si le "primitivisme" implique simplement de questionner la technologie vis à vis de l'autorité, peu seraient en désaccord. Pourtant, cette position raisonnable est, en général, amalgamé avec la première, dans l'idée qu'une société anarchiste serait un retour littéral à la société de chasseur-ceuilleurs. Cela peut être vu dans les écrits des primitivistes. Quelques primitivistes soulignent qu'ils ne suggèrent pas l'Âge de pierre comme modèle pour leur société désirée, ni un retour à la ceuillette et à la chasse, encore ils semblent exclure d'autres options par leur critique.

Ainsi suggérer que le primitivisme est simplement une critique ou une sorte "de spéculation anarchiste" (pour utiliser le terme de John Moore) laisse dubitatif. Si vous démonisez la technologie, l'organisation, "la société de masse" et "la civilisation" comme naturellement autoritaire, vous ne pouvez pas vous tourner dans l'autre sens et recommander leur utilisation dans une période de transition ou même dans une société libre. À ce titre, les critiques visent un mode d'action et une vision d'une société libre et suggérent autre chose, et laissent simplement dubitatif. Egalement, si vous vantez des groupes d'alimentation [ndt :?] et déplaçant des communautés horticoles du passé et du présent comme des exemples d'anarchie alors les critiques ont le droit de conclure que les primitivistes désirent un système semblable pour l'avenir. C'est renforcé par leur critique de l'industrie, de la technologie, de "la société de masse" et de l'agriculture.

Jusqu'à ce que les "primitivistes" exposent clairement à laquellle des deux formes de primitivisme ils souscrivent, d'autres anarchistes ne pourront pas prendre leurs idées comme sérieuses. Étant donné qu'ils manquent à répondre à de telles questions fondamentales de comment ils projettent d'éliminer l'industrie et éviter la famine de masse sans le contrôle des ouvriers, les liens internationaux et l'organisation fédérale qu'ils écartent d'habitude de la main comme de nouvelles formes "de gouvernement", d'autres anarchistes ne tiennent pas beaucoup d'espoir que cela arrivera bientôt. Finalement, nous sommes face au fait qu'une révolution commencera dans la société telle qu'elle est. L'anarchisme le reconnaît et suggère un moyen pour la transformer. Le Primitivisme se tient à l'écart de tels problèmes mineurs et, par conséquent, a peu à recommander. C'est pour cette raison que la plupart des anarchistes considèrent vraiment que de telles formes de "primitivisme" ne sont pas anarchiste du tout, comme le retour à une société "de Chasseur-Ceuilleur" s'ensuivrait une famine de masse dans presque tous les pays suite aux effondrements des infrastructures sociales pour que les quelques "chanceux" qui survivraient puissent être "sauvages" et se libérer des tyrannies tels que les hôpitaux, les livres et l'électricité.

Cela ne doit pas suggérer, évidemment, que les anarchistes non-primitivistes croient que chacun dans une société libre doit avoir le même niveau de technologie. Loin de ça. Une société anarchiste serait fondée sur l'expérimentation libre. De différents individus et des groupes choisiront le mode de vie qui leur va le mieux. Ceux-là qui cherchent moins de technologiques pour vivre seront libres de le faire tout comme ceux qui veulent appliquer les avantages des technologies (appropriées). De même tous les anarchistes soutiennent les luttes qui dans le monde se développent contre l'assaut de la civilisation (capitaliste) et des demandes de progrès (capitaliste).

Pour plus sur l'anarchisme "primitiviste" voir Future Primitive de John Zerzan aussi bien que Beyond Bookchin et Against the Mega-Machine de David Watson. L'Entendement l'essai de Knabb The Poverty of Primitivism est une critique excellente du primitivisme comme l'est Anarchism vs. Primitivism de Brian Sheppard.


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