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D.1 Pourquoi l'intervention de l'État se produit-elle ?

Sommaire

L’état est forcé d’intervenir dans la société en raison des effets antisociaux du capitalisme. La théorie abstraitement individualiste sur laquelle le capitalisme est basé ("chacun pour soi") a comme conséquence un degré élevé d’étatisme puisque le système économique lui-même ne contient aucun moyen de combattre ses propres fonctionnements socialement destructifs. L’état doit également intervenir dans l’économie, non seulement pour protéger les intérêts de la classe dirigeante mais également pour protéger la société contre l’impact pulvérisant et destructif du capitalisme. D’ailleurs, le capitalisme a une tendance inhérente aux récessions ou aux dépressions périodiques, et les tentatives de les empêcher sont devenues une partie de la fonction de l’état. Cependant, comme les prévenir est impossible (elles sont inhérentes au système — voir la section C.7), dans la pratique l’état peuvent seulement essayer de les remettre à plus tard et de diminuer leur sévérité. Commençons par le besoin d’interposition sociale.

Le capitalisme est basĂ© sur la transformation du travail et de la terre en produits. Comme Karl Polyani prĂ©cise, cependant, "le travail et la terre ne sont rien dÂ’autre que les ĂŞtres humains eux-mĂŞmes en lesquels chaque sociĂ©tĂ© consiste et les environnements normaux dans lesquels elle existe ; inclure le travail et la terre dans les mĂ©canismes du marchĂ© signifie subordonner la substance de la sociĂ©tĂ© elle-mĂŞme aux lois du marchĂ©." [ The Great Transformation, p. 71 ] et ceci signifie que "la sociĂ©tĂ© humaine est devenue un accessoire au système Ă©conomique," avec une humanitĂ© se plaçant entièrement dans les mains de lÂ’offre et la demande. Mais une tels situation "ne peut pas exister bien longtemps sans annihiler la substance humaine et normale de la sociĂ©tĂ© ; elle aura physiquement dĂ©truit lÂ’homme et transformĂ© son environnement en rĂ©gion sauvage." [ Ibid., pp. 41-42 ]

Pour espérer qu’une communauté demeurerait indifférente au fléau du chômage, des conditions de travail dangereuses, des jours ouvrables de 16 heures, du changement des industries et des métiers, et la rupture morale et psychologique les accompagnant — simplement parce que les effets économiques, à la longue, pourraient être meilleurs — est une absurdité. De même, pour que des ouvriers restent indifférents à, par exemple, des conditions de travail déplorables, attendant paisiblement un nouveau patron pour leur offrir de meilleures conditions, ou pour que les citoyens attendent passivement des capitalistes qu’ils commencent à agir volontairement de façon responsable envers l’environnement, est d’assigner un rôle servile et apatique à l’humanité. Heureusement, les masses laborieuses refusent d’être des produits et les citoyens refusent de se tenir sages tandis que les écosystèmes de la planète sont détruits.

Par conséquent l’intervention de l’état se produit comme forme de protection contre les fonctionnements du marché. Comme le capitalisme est basé sur la fragmentation de la société au nom de la "liberté" sur le marché compétitif, il est peu étonnant que la défense contre les fonctionnements antisociaux du marché doivent prendre la forme de l’etatisme — étant donnée qu’il y a peu d’autres structures capables de fournir une telle défense (car de telles institutions sociales ont été détruites, sinon écrasées, par la venue du capitalisme en premier lieu). Ainsi, ironiquement, l’"individualisme" produit une tendance "collectiviste" dans la société pendant que le capitalisme détruit les formes communales d’organisation sociale en faveur de celles basée sur l’individualisme, l’autorité, et la hiérarchie abstraite — toutes les qualités incorporées dans l’état. Dans une société libre (c.-à-d. communale), la légitime défense sociale ne serait pas étatique mais serait semblable en nature aux syndicats et aux co-operatives — des individus travaillant ensemble dans des associations volontaires pour la promotion d’une société libre et juste (voir section I).

En plus de la protection sociale, l’intervention de l’état est censée protéger l’économie d’un pays (et ainsi les intérêts économiques de la classe dirigeante). Comme Noam Chomsky le précise, même les Etats-Unis, le pays de "la libre entreprise" ont été marqués par "des intervention de grande échelle dans l’économie après l’indépendance, et la conquête des ressources et des marchés ... [tandis qu’] un état au développement centralisé [a été construit] engagé dans [la] création et la stabilisation des usines et des commerces, subventionnant la production locale et empêchant les importations meilleur marché des Anglais, construisant une base juridique pour la puissance des corporations privées, et par de nombreuses autres manières, construisant une citadelle hors du domaine de l’avantage comparatif." [World Orders, Old and New, p. 114]

Dans le cas de la Grande-Bretagne et une foule d’autres pays (et plus récemment dans le cas du Japon et des pays nouvellement d’industrialisés de l’Extrême-Orient, comme la Corée) l’intervention de l’état était, assez curieusement, la clef du développement et le succès sur "le marché libre." Dans d’autres pays "en voie de développement" qui ont eu le malheur de se soumettre à des "réformes de libre-marché" (par exemple des programmes d’adaptation structurel néo-libéraux) plutôt que de suivre les modèles japonais et coréens d’interventionnisme, les résultats ont été dévastateurs pour la grande majorité, avec des augmentations énormes de la pauvreté, du mauvais logement, de la malnutrition, etc. (pour l’élite, les résultats sont quelque peu différents, naturellement).

Au dix-neuvième siècle, les Ă©tats se sont seulement tournĂ©s vers le laissez-faire une fois quÂ’ils pouvaient en tirer bĂ©nĂ©fice et avaient assez forte une Ă©conomie pour lui survivre "CÂ’est seulement au mi-dix-neuvième siècle, quand il Ă©tait devenu assez puissant pour surmonter nÂ’importe quelle concurrence, que lÂ’Angleterre [sic !] embrassat le libre marchĂ©." [ Noam Chomsky, Op. Cit., p. 115 ] Avant ceci, le protectionnisme et dÂ’autres mĂ©thodes ont Ă©tĂ© employĂ©es pour consolider le dĂ©veloppement Ă©conomique. Et une fois que le laissez-faire commençait de miner lÂ’Ă©conomie dÂ’un pays, il Ă©tait rapidement dĂ©savouĂ©. Par exemple, le protectionnisme est souvent employĂ© pour protĂ©ger une Ă©conomie fragile et le militarisme a toujours Ă©tĂ© une manière favorie de lÂ’Ă©lite dirigeant pour aider lÂ’Ă©conomie, comme cÂ’est toujours le cas, par exemple, dans le "Pentagon System" aux Etats-Unis (voir section D.8).

L’intervention de l’état a été un dispositif du capitalisme dès le début. Comme Kropotkin l’a dit, "nulle part le système du ’laisser-faire de l’état’ n’a existé. L’état a été partout, et est toujours, le pilier principal et le créateur, direct et indirect, du capitalisme et de son pouvoir sur les masses. Nulle part, depuis que les états ont grandi, les masses ont eu la liberté de résister à l’oppression des capitalistes ... L’état a toujours interféré dans la vie économique en faveur de l’exploitant capitaliste. Il lui a toujours accordé la protection contre le vol, donné l’aide et le soutien pour davantage d’enrichissement. Et ce ne pourrait pas être autrement. Faire ainsi était une des fonctions — la mission principale — de l’état." [ Evolution and Environment, pp 97-8 ] Ses tentatives limitées de laissez-faire ont toujours été défectueuses, ayant pour résultat un retour à ses racines interventionnistes. Le processus sélectif entre laissez-faire et collectivisme a été autant un dispositif du capitalisme dans le passé qu’il l’est maintenant. En effet, Comme Noam Chomsky dit, "Ce qui s’appelle le ’capitalisme’ est fondamentalement un système de mercantilisme de corporation, avec les tyrannies privés énormes et en grande partie non mesurables, exerçant un vaste contrôle de l’économie, des systèmes politiques, et de la vie sociale et culturelle, fonctionnant dans la collaboration étroite avec les étsts puissants qui interviennent massivement dans l’économie domestique et la société internationale. C’est nettement vrai des Etats-Unis, contrairement à beaucoup de fausses idées. Les riches et les privilégiés ne sont pas plus disposés à faire face à la discipline du marché qu’elles ne l’était dans le passé, bien qu’elles la considèrent comme juste pour la population de base." ["Anarchism, Marxism and Hope for the Future", Red and Black Revolution, issue 2]

Par consĂ©quent, contrairement Ă  la sagesse conventionnelle, lÂ’intervention de lÂ’Ă©tat sera toujours associĂ©e au capitalisme Ă  cause de : (1) sa nature autoritaire ; (2) son incapacitĂ© dÂ’empĂŞcher les rĂ©sultats antisociaux du marchĂ© compĂ©titif ; (3) sa prĂ©tention fallacieuse que la sociĂ©tĂ© devrait ĂŞtre un accessoire du systeme Ă©conomique ; (4) des intĂ©rĂŞts de la classe des Ă©lites dirigeantes ; et (5) la nĂ©cessitĂ© dÂ’imposer ses rapports sociaux autoritaires Ă  une population peu disposĂ©e en premier lieu.

LÂ’intervention de lÂ’Ă©tat est aussi indispensable au capitalisme que le travail salariĂ©. Comme Polyani le rĂ©capitule, "le mouvement de rĂ©action contre le libĂ©ralisme Ă©conomique et le laissez-faire a possĂ©dĂ© toutes les caractĂ©ristiques indubitables dÂ’une rĂ©action spontanĂ©e ... [ et ] un changement Ă©troitement semblable du laissez-faire au Â’collectivismeÂ’ est intervenue dans plusieurs pays Ă  une Ă©tape dĂ©finie de leur dĂ©veloppement industriel, montrant la profondeur et lÂ’indĂ©pendance des causes fondamentales du processus." [ Op. Cit., pp. 149-150 ] Parce que les "gouvernments ne peuvent pas vouloir que la sociĂ©tĂ© se disloque, parce que cela signifierait que lui et la classe dominante seraient privĂ©s des sources dÂ’exploitation ; pas plus quÂ’il ne peut laisser la sociĂ©tĂ© se maintenir sans interposition officielle, parce que le peuple se rendrait bientĂ´t compte que le gouvernement sert Ă  dĂ©fendre seulement les propriĂ©taires ... et ils sÂ’empresseraient de se dĂ©barrasser des deux." [ Errico Malatesta, Anarchy, p. 22]

Et il ne doit pas ĂŞtre oubliĂ© que lÂ’intervention de lÂ’Ă©tat a Ă©tĂ© exigĂ©e pour crĂ©er le marchĂ© "libre" en premier lieu. Pour citer encore Polyani, "Aussi longtemps que le [ système du ] marchĂ© nÂ’est pas Ă©tabli, les libĂ©raux Ă©conomiques doivent et rĂ©clameront sans aucune hĂ©sitation lÂ’interposition de lÂ’Ă©tat afin de lÂ’Ă©tablir, et une fois Ă©tabli, afin de le maintenir." [ Op. Cit., p. 149 ] Le protectionnisme et les subventions (mercantilisme) — avec lÂ’utilisation libĂ©rale de la violence dÂ’Ă©tat contre la classe ouvrière — a Ă©tĂ© requise pour crĂ©er et protĂ©ger le capitalisme et lÂ’industrie en premier lieu (voir la section F.8 - Quel a Ă©tĂ© le rĂ´le de lÂ’Ă©tat dans la crĂ©ation du capitalisme ?).

En bref, bien que le laissez-faire puisse être la base idéologique du capitalisme — la religion qui justifie le système --- il a rarement (voire jamais) été réellement pratiqué. Ainsi, alors que les ideologues félicitent "l’entreprise libre" comme la corne d’abondance de la prospérité moderne, les sociétés et les entreprises se gorgent à la table de l’état.

LÂ’enthousiasme rĂ©cent pour "le marchĂ© libre" est en fait le produit dÂ’une croissance prolongĂ©e, qui Ă©tait Ă  son tour le produit dÂ’une Ă©conomie de guerre coordonnĂ©e par lÂ’Ă©tat et des sciences Ă©conomiques de Keynesiennes fortement interventionniste (une croissance que les apologistes de lÂ’utilisation du capitalisme, ironiquement, utilisent en tant que "preuve" que le "capitalisme" fonctionne) plus une dose malsaine de nostalgie pour un passĂ© qui nÂ’a jamais existĂ©. Il est Ă©trange de voir comment un système qui nÂ’a jamais existĂ© a pu produire autant !

D.1.1 Est-ce que l'intervention de l'État cause des problèmes ??

Habituellement, non. Ceci ne signifie pas que l’intervention de l’état ne peut pas avoir de mauvais effets sur l’économie ou la société. Etant donné la nature bureaucratique de l’état centralisé, il serait impossible que n’y ait pas de mauvais effets. L’intervention de l’état peut et rend de mauvaises situations encore plus mauvaises dans beaucoup de cas. Comme le note Malatesta, "la preuve pratique [ est ] que quelque soient les actions des gouvernements, elles sont toujours motivées par le désir de dominer, et sont toujours prêtes à défendre, à étendre et à perpétuer ses privilèges et ceux de la classe dont le gouvernement est le représentant et le defenseur." [Anarchy, p. 21].

Cependant, pour les libéraux économiques (ou, comme nous les appellerions aujourd’hui, les néo-libéraux ou les "conservateurs"), l’intervention de l’état est la racine de tout le mal, et pour eux, c’est précisément l’interférence de l’état avec le marché qui cause les problèmes que la société impute au marché.

Mais une telle position est illogique, parce que "qui dit rĂ©gulation dit limitation : maintenant, comment concevoir de limiter le privilège avant quÂ’il nÂ’existe ? ... Ce serait un effet sans cause" et ainsi la "regulation Ă©tait un correctif au privilege" et pas le contraire. [P-J Proudhon, System of Economic Contradictions, p. 371] Comme Polyani lÂ’explique, les premisses nĂ©o-libĂ©raux sont faux, parce que lÂ’intervention de lÂ’Ă©tat "sÂ’occupe de certains problèmes surgissant des conditions industrielles modernes ou, en tout cas, dans la mĂ©thode quÂ’utilise le marchĂ© pour les traiter." [ Karl Polyani, Op. Cit., p. 146 ] En fait, ces mesures "collectivistes" ont Ă©tĂ© habituellement effectuĂ©s par les dĂ©fenseurs convaincus du laissez-faire, qui Ă©taient en règle gĂ©nĂ©rale les adversaires intransigeants de toutes les formes de socialisme (et souvent prĂ©sentĂ©es pour discrĂ©diter le soutien des idĂ©es socialistes provoquĂ©es par les excès du capitalisme "du marchĂ© libre").

Ainsi l’intervention de l’état n’est pas né de génération spontanée, mais a été produite en réponse aux besoins sociaux et économiques pressants. Ceci peut être observé au milieu du 19ème siècle, qui a vu l’approximation la plus proche du laissez-faire dans l’histoire du capitalisme. Comme l’avance Takis Fotopoules, "la tentative d’établir le libéralisme économique pur, dans le sens du libre échange, un marché du travail concurrentiel et l’étalon-or, n’a pas duré plus de 40 ans, et entre 1870 et 1880, la législation protectionniste était de retour ... Il était également significatif ... [ que toutes les puissances principales capitalistes ] étaient passées par une période de libre échange et de laissez-faire, suivie d’une période de legislation anti-libérale" ["The Nation-state and the Market," p. 48, Society and Nature, Vol. 3, pp. 44-45].

La raison du retour de la législation protectionniste était la dépression de 1873-86, qui a marqué la fin de la première expérience du libéralisme économique pur. Paradoxalement, alors, la tentative de libéraliser les marchés a mené à plus de réglementation. À la lumière de notre analyse précédente, ceci n’est pas étonnant. Ni les propriétaires du pays ni les politiciens n’ont désiré voir la société se détruire, le résultat aulaquelle n’allait pas manquer de mener le laissez-faire. Les apologistes du capitalisme insistent sur le fait qui "au commencement de la dépression, l’Europe avait été le paradis du commerce libre" [ Polyani, Op. Cit., p. 216 ]. L’intervention de l’état est survenue en réponse aux ruptures sociales résultant du laissez-faire. Elle ne les a pas causées.

De même, c’est une erreur d’énoncer, comme le fait Ludwig Von Mises, que "aussi longtemps que l’allocation de chômage est payée, le chômage doit d’exister." C’est non seulement non historique mais en plus cela ignore l’existence du chômage involuntaire qui a fait commencer l’état à payer une indemnité, pour éliminer la possibilité des crimes aussi bien que la solidarité de la classe ouvrière, ce qui aurait pu peut-être avoir discrétdité le statu quo. L’élite se rendait bien compte du danger existant à avoir des ouvriers s’organisant pour leurs propres avantages.

Tristement, en fournissant des rĂ©ponses idĂ©ologiquement correctes, les apologistes du capitalisme ignorent souvent le bon sens. Si lÂ’on croit que les gens existent pour lÂ’Ă©conomie et pas le contraire, on devient disposĂ© Ă  sacrifier les personnes et leur sociĂ©tĂ© aujourdÂ’hui pour lÂ’avantage Ă©conomique supposĂ© des futures gĂ©nĂ©rations (en rĂ©alitĂ©, des bĂ©nĂ©fices actuels). Si lÂ’on accepte lÂ’Ă©thique des mathĂ©matiques, une future augmentation de la taille de lÂ’Ă©conomie est plus importante que la rupture sociale actuelle. Ainsi, Polyani Ă©crit : "La calamitĂ© sociale est principalement un phĂ©nomène culturel et pas Ă©conomique qui peut ĂŞtre mesurĂ© par des chiffres dĂ©crivant les revenus" [Op. Cit., p. 157]. Et cÂ’est la nature du capitalisme dÂ’ignorer et de dĂ©daigner ce qui ne peut pas ĂŞtre mesurĂ©

D.1.2 Est-ce que l'intervention de l'État est le résultat de la démocratie ??

Non. L’interposition sociale et économique par l’état moderne a commencé longtemps avant que le suffrage universel soit devenu répandu. Par exemple, en Grande-Bretagne, des mesures "collectivistes" ont été présentées quand la propriété et les restrictions sexuelles au droit de vote existaient toujours. La nature centraliste et hiérarchique de la démocratie "représentative" signifie que la population dans son ensemble a peu de vrai contrôle des politiciens, qui sont bien davantage influencés par les grandes entreprises, les groupes de lobby du monde des affaires, et la bureaucratie d’état. Ceci signifie que les pressions véritablement populaires et démocratiques sont limitées dans l’état capitaliste et que les intérêts des élites sont plus décisifs pour expliquer les actions de l’état.

Le "New Deal" et les mesures d’après-guerre du Keynesianisme d’intervention limitée de l’état pour stimuler le rétablissement économique de la dépression ont été motivées par des raisons plus matérielles que la démocratie. Ainsi Takis Fotopoules explique que "le fait ... que la ’confiance des milieux d’affaires’ était à son plus bas explique bien l’attitude beaucoup plus tolérante de ceux qui contrôlait la production envers des mesures entamant sur leur puissance économique et leurs bénéfices. En fait, c’était seulement quand — et aussi longtemps que — l’interventionisme d’état a eu l’approbation de ceux qui contrôlaient réellement la production qu’il était efficace" ["The Nation-state and the Market", p. 55, Society and Nature, Vol. 3, pp. 44-45]

Un exemple de ce principe peut être vu dans le Wagner Act de 1934 aux Etats-Unis, qui a donné aux salarié des USA sa première et dernière victoire politique. L’acte a légalisé l’organisation de syndicats, mais les luttes furent ainsi placées dans les limites des procédures légales et ainsi cela signifiait qu’elles pourraient plus facilement être controlées. En outre, cette concession était une forme d’appaisement qui pour effet que ceux qui étaient impliqués dans les actions des syndicats n’aient moins probablement envie de remettre en cause les bases fondamentales du système capitaliste. Une fois que la crainte d’un mouvement des travailleurs militants fut passée, le Wagner Act a été minée et rendu impuissant par de nouvelles lois, des lois qui ont rendu illégale la tactique qui avait forcé les politiciens à adopter le Wagner Act en premier lieu et a augmenté les puissances des patrons par rapport aux ouvriers.

Inutile de le dire, l’implication de l’idéologie libérale classique que la démocratie populaire est une menace pour le capitalisme est la racine de l’erreur selon laquelle la démocratie mène à l’intervention de l’état. La notion selon laquelle la limitation du droit de vote ferait que les riches voteraient des lois qui bénéficieraient à tous en disent long au sujet de la foi des libéraux classiques dans l’altruisme des riches et au sujet de leur compréhension de la nature humaine ou de leur connaissance de l’histoire. Le fait qu’ils peuvent se joindre à John Locke et affirmer serieusement que tous doivent respecter les règles que seulement quelques-uns on fait indique également beaucoup au sujet de leur conception de la "liberté."

Naturellement, certains des libéraux classiques les plus modernes (par exemple, les libertaires de droite) préconisent "un état démocratique" qui ne peut pas intervenir dans les sujets économiques. Ce n’est pas une solution, cependant, car ils se débarassent seulement de la réponse etatique aux problèmes sociaux réels et pressants provoqués par le capitalisme sans fournir quoi que ce soit de mieux à sa place.

Les anarchistes conviennent que l’état, à cause de sa centralisation et sa bureaucratie, écrase la nature spontanée de la société et est un handicap au progrès et à l’évolution sociale. Cependant, laisser le marché seul suivre son cours suppose de façon erronée que les gens s’assiéront sur leurs dérrières et laisseront les forces du marché mettre en pièces leurs communautés et leur environnement. Se débarasser de l’intervention de l’état sans se débarasser du capitalisme et créer une société libre et communale signifierait que le besoin de protection individuelle sociale existerait encore mais qu’il y aurait encore moins de moyens de l’assurer que maintenant. Les résultats d’une telle politique, comme le montre l’histoire, seraient une catastrophe pour la classe ouvrière (et l’environnement, nous devons ajouter) et salutaires seulement pour l’élite (comme prévu, naturellement).

LÂ’implication des faux premisses selon lesquels la dĂ©mocratie mène Ă  lÂ’intervention de lÂ’Ă©tat est que lÂ’Ă©tat existe au profit de la majoritĂ©, qui emploie lÂ’Ă©tat pour exploiter la minoritĂ© riche ! Etonnamment, beaucoup dÂ’apologistes du capitalisme acceptent ceci comme infĂ©rence valide de leurs premisses, quoique ce soit Ă©videmment une dĂ©monstration par lÂ’absurde de ces premisses aussi bien quÂ’en complète contradiction avec les faits de lÂ’histoire.

D.1.3 L'intervention de l'État, est-elle socialiste ??

Non. Le socialisme libertaire concerne la libĂ©ration de lÂ’individu et son auto-gestion de ses activitĂ©s. Obtenir de lÂ’Ă©tat quÂ’il agissent pour nous est Ă  lÂ’opposĂ© de ces idĂ©aux. En outre, la question implique que le socialisme est reliĂ© Ă  son nemesis, lÂ’etatisme, et que le socialisme signifie encore plus de contrĂ´le et de centralisation bureaucratiques. LÂ’identification du socialisme avec lÂ’Ă©tat est quelque chose dont les apologistes aussi bien stalinistes que capitalistes ont considĂ©rĂ© comme acquis. Cependant, comme nous le verrons dans la section H.3, le "socialisme dÂ’Ă©tat" est en rĂ©alitĂ© juste un capitalisme dÂ’Etat — la transformation du monde en "un bureau et une usine" (pour employer lÂ’expression de Lenine). Il nÂ’est pas surprenant que la plupart des personnes raisonnables se joignent aux anarchistes en le rejetant. Qui veut travailler sous un système dans lequel, si on nÂ’aime pas le patron, (c.-Ă -d. lÂ’Ă©tat), on ne peut pas mĂŞme dĂ©missionner ?

La théorie selon laquelle l’intervention de l’état est "socialiste" prend l’idéologie de laissez-faire du capitalisme pour argent comptant, en ne se rendant pas compte que c’est une idéologie plutôt que la réalité. Le capitalisme est un système dynamique et évolue avec le temps, mais ceci ne signifie pas qu’en s’éloignant de son point de départ théorique il nie sa nature essentielle et devient socialiste. Le capitalisme est né de l’intervention de l’état, et excepté une période très courte de laissez-faire qui a fini dans la crise, a toujours dépendu de l’intervention de l’état pour son existence.

LÂ’affirmation que lÂ’intervention de lÂ’Ă©tat est "socialiste" ignore Ă©galement les rĂ©alitĂ©s de la concentration de puissance sous le capitalisme. Le vrai socialisme Ă©galise la puissance en la redistribuant au peuple, mais comme Noam Chomsky le prĂ©cise, "[dans] une sociĂ©tĂ© fortement inĂ©galitaraire, il est peu probable que les programmes de gouvernement soient Ă©galitaires. PlutĂ´t, on peut prĂ©voir quÂ’ils seront conçus et manoeuvrĂ©s par des puissances privĂ©es pour leurs propres avantages ; et Ă  un degrĂ© significatif cette prĂ©diction est rĂ©elle" [ The Chomsky Reader, p. 184 ]. "Le socialisme Ă©gale lÂ’assistance sociale" est un non-sens.

De même, en Grande-Bretagne, la nationalisation d’approximativement 20% de l’économie (la partie la moins lucrative de celle-ci, d’ailleurs) en 1945 par le gouvernement travailliste était le résultat des peurs de la classe dirigeante, et pas du socialisme. Comme Quintin Hogg, un Tory M.P. d’alors, le disait, "Si vous ne donnez pas au peuple des réformes sociales il va vous donner des révolution sociales." Les souvenirs des quasi-révolutions à travers l’Europe au sortir de la première guerre mondiale étaient évidemment dans beaucoup d’esprits, des deux côtés. On ne craignait pas ces nationalisations comme du "socialisme." Comme les anarchistes d’alors le remarquèrent, "Les vrais avis des capitalistes peuvent être vus dans l’état de la bourse des valeurs et dans les rapports des industriels [ plutôt ] que sur les bancs du Front Tory ... [ et de ceci nous ] voyons que la classe possedante n’est pas du tout contrariée par les actes et les tendances du parti travailliste" [Vernon Richards, ed., Neither Nationalisation nor Privatisation — Selections from Freedom 1945-1950, p. 9].

Alors, que pensent les anarchistes de lÂ’intervention de lÂ’Ă©tat ? Habituellement nous sommes contre, bien que la plupart dÂ’entre nous pense que des services de santĂ© dÂ’Ă©tat et des allocations de chĂ´mage (par exemple) sont plus socialement utile que la production dÂ’armes, et, Ă  dĂ©faut de solutions plus anarchistes, meilleures que lÂ’alternative du capitalisme "du marchĂ© libre". Ceci ne signifie pas que nous sommes heureux avec lÂ’intervention de lÂ’Ă©tat, qui mine dans la pratique la dĂ©brouillardise de classe ouvrière, lÂ’aide mutuelle et lÂ’autonomie. En outre, lÂ’intervention de lÂ’Ă©tat de nature "sociale" est souvent paternaliste, faite par et pour "la classe moyenne" (c.-Ă -d. des professionels, des managers et des "experts" auto-proclamĂ©s). Cependant, tant quÂ’une countre-culture viable de lÂ’anarchie nÂ’est pas rĂ©Ă©, nous nÂ’avons pas dÂ’autre options que de "soutenir" le moindre mal (mais ne faisons pas dÂ’erreur, cÂ’est un mal).

Ceci ne doit pas faire oublier que de beaucoup de manières un tel "appui" de l’état peut être employé en tant que moyens de regagner une partie de la puissance et du travail volés à nous par des capitalistes en premier lieu. L’intervention de l’état peut nous donner plus d’options que nous n’en aurions autrement. Si l’action d’état ne pouvait pas être employée de cette façon, il est douteux que les capitalistes et leurs "experts" employés passeraient tellement de temps à essayer de la miner et la limiter. Comme la classe capitaliste emploie heureusement l’état pour imposer sa puissance et ses droits de propriété, que les masses laborieuses l’utilise autant qu’elles le peuvent doit être prévu. Cela étant, ceci n’aveugle pas les anarchistes vis-à-vis des aspects négatifs de l’état providence et d’autres formes de l’intervention de l’état (voir la section J.5.15 pour les perspectives anarchistes sur l’état providence).

Un problème avec l’intervention de l’état, comme Kropotkin l’a vu, est que l’absorption par l’état des fonctions sociales a "necessairement favorisé le développement d’un individualisme déchainé et fermé d’esprit. Comme la proportion des engagements de l’état s’est développé, les citoyens ont été évidemment soulagés de leurs engagements vis-à-vis de chacun d’entre eux" [ Mutual Aid, p. 183 ]. Dans le cas des "fonctions sociales" de l’état comme le service de santé national britannique, bien qu’ils aient été créés comme resultant de l’atomisation sociale provoquée par capitalisme, ils ont tendu à renforcer l’individualisme et le manque de responsabilité personnelle et sociale qui a produit le besoin d’une telle action en premier lieu. (Les formes de la communauté et de débrouillardise sociale et leurs précédents historiques seront abordés dans la section J.5.16).

L’exemple des industries nationalisées est un bon indicateur de la nature non-socialiste de l’intervention de l’état. La nationalisation a signifié le remplacement du bureaucrate capitaliste par bureaucrate d’état, avec peu de vraies améliorations pour ceux soumis au "nouveau" régime. Au plus fort des nationalisations d’après-guerre du parti travailliste britannique, les anarchistes précisaient sa nature anti-socialiste. La nationalisation "consolidait en réalité la vieille classe individuelle des capitalistes en une nouvelle et efficace classe de directeurs pour mener ... un capitalisme d’état" en "installant les industriels vraiment créateurs dans des positions de gestionnaire autoritaires" [Vernon Richards, Op. Cit., p. 10].

Les anarchistes sont en faveur d’activités auto-dirigées et d’actions directes pour obtenir des améliorations et pour défendre des réformes dans présent. En organisant des grèves et des protestations, nous pouvons améliorer nos vies. Ceci ne signifie pas qu’en utilisant l’action directe pour obtenir des lois favorables ou que celles qui ne le soient pas soient aborgées est une perte de temps. Loin de là. Cependant, à moins que les gens du commun emploient leurs propres organisations pour imposer la loi, l’état et les employeurs honoreront n’importe quelle loi détestée purement dans l’infraction. En faisant confiance à l’état, la protection individuelle sociale contre les concentrations du marché et de puissance devient fantomatique. En fin de compte, ce que l’état donne (ou est forcé de donner), il peut s’en débarrasser mais ce que nous créons et faisons fonctionner nous-mêmes est toujours sensible à nos désirs et nos intérêts. Nous avons vu à quel point le bien-être d’état est vulnérable aux pressions de la classe capitaliste pour voir que c’est un truisme.

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